Critique publiée dans le cadre des Explorateurs de livres 2019 du site lecteurs.com
Les Simples était le roman qui m'attirait le plus après lecture du synopsis. L'aspect historique et documentaire était prometteur : découvrir la vie quotidienne de bonnes sœurs au XVIème siècle ; découvrir l'usage des "simples", les plantes médicinales qui sont le titre du livre et donc en toute logique au cœur de l'intrigue du roman ; découvrir une intrigue tirant partie de ces deux éléments. L'originalité du thème est donc très affirmée. Mais qu'en est-il après lecture ?
D'abord l'aspect documentaire prend peut-être trop de place par rapport à la part du romanesque, nécessaire à mon propre intérêt de lecteur. Cela se ressent notamment dans le style, qui m'a souvent fait penser à celui de Jean-Marie Says dans sa biographie de Raiffeisen, c'est-à-dire à celui d'une biographie, intéressante certes, mais très sérieuse, un travail quasi-universitaire. Et cela a gâché un peu mon plaisir de lecture à la longue. Le style est trop rigide, trop factuel pour laisser vraiment place à l'imagination. J'aurais aimé plus d'obscurité, plus de non dits, plus de zones d'ombres dans un récit éloigné dans le temps, et se déroulant à une époque aussi sombre pour la France. C'est comme si la masse d'informations documentaire avait eu un peu de mal à être digérée, et avait été restituée en partie telle quelle dans le roman.
L'intrigue est néanmoins bien ficelée, des péripéties il y en a et à foison, la plongée dans le presqu'inconnu (j 'ai quand même certains souvenirs de classe préparatoire, et d’auteurs comme Agrippa d'Aubigné) qu'est cette période des guerres de religion est très plaisante. On y découvre les mœurs de la vie quotidienne, les rapports sociaux entre les classes, et la puissance du commérage, à une époque où la communication se limite aux lettres, aux hérauts et aux messagers.
Yannick Grannec a eu comme inspiration le fabuleux Manuscrit de Voynich (cité dans la bibliographie à la fin de l'ouvrage), que je vous invite à découvrir dans sa transcription intégrale en ligne. On se plaît donc à voir le lien qu'elle a imaginé pour son histoire avec cet ouvrage mystérieux. Mais l'usage des plantes, pourtant vendeur, n'est pas utilisé à mon sens à son plein potentiel. Au début de certains chapitres, on trouve par exemple des recettes à base de plantes utilisées dans le livre, sous formes de petits poèmes en vers, qui nous mettent vraiment dans l'ambiance de l'époque, ce qui est un très bon point. Mais dans le fil de l'histoire, les discussions menées par les personnages autour des plantes m'ont trop exclu, ramené que j'étais au rang de simple spectateur ignorant presque tout des plantes sauvages.
Enfin, dernier point négatif, la panoplie trop nombreuse des personnages et en particulier des personnages secondaires. Je me suis perdu à de nombreuses reprises, à me demander qui était qui. Les sœurs sont vraiment nombreuses et ont des noms qui se ressemblent beaucoup les uns les autres. L'un des personnages, cependant, sort vraiment du lot, c'est Maître Scabé, le chirurgien-barbier. J'ai découvert une autre facette du talent d'écriture de Yannick Grannec, qui parvient à faire vivre le personnage avec ses propres mots (encore une fois c'est l'usage de la première personne du singulier qui donne vraiment du corps au texte), un peu à la façon d'un Céline avec son Bardamu. Peut-être que le point de vue de chaque personnage aurait pu se faire sous cette forme, renforçant d'autant les écarts sociaux et hiérarchiques des personnages.