Bienvenue à Saint-Véran du Loup au temps des couventines et de leurs "bonnes herbes", aux vertus salutaires ou mortelles suivant la posologie et le destinataire.
Également salutaires ou mortelles pour certains érudits et érudites de la flore, à certaines époques, particulièrement à celles où les jaloux de Dieu ne manquaient pas une occasion d'en garder territoires et prérogatives contre les menées supposées de Satan et de ses suppôts.
Rien de nouveau sous le soleil dans l'histoire des hommes.
Tout l'intérêt de ce roman qui ne manque pas d'humour, réside dans sa localisation géographique assez précise au sud-est des Alpes-Maritimes, dans un triangle Cagnes-sur-Mer, Gréolières, Cannes et ses Îles de Lérins, avec les gorges du Loup pour axe et l'évêché de Vence au centre du pouvoir local.
La situation historique nationale française n'en est pas moins intéressante : une fin de 16 ème siècle pour une Provence toujours en butte au pouvoir central dans une époque qui signe la fin de ses 8 guerres de religions. Même si l'édit de Nantes n'est pas loin, la France reste déchirée par le fléau et la chasse continuelle aux protestants, huguenots, parpaillots, hérétiques, et autres sorcières qu'un siècle de traque n'a pas réduits, puisque c'est la peur qui la nourrit. Et, comme on sait, la peur est l'un des moteurs les plus présents et les plus puissants de l'existence humaine tout au long de son histoire. Ce ne sont pas les grands du monde d'aujourd'hui qui me démentiront.
C'est justement une telle projection de ce monde ancien sur le nôtre qui m'a paru intéressant par la possibilité de voir une psycho-sociologie à l'œuvre sur un territoire réduit aux proportions d'un terrain d'expérience, comme d'un laboratoire à taille humaine sous le regard aiguisé mais bienveillant de l'écrivaine et de ses lecteurs.
Cette histoire m'a séduit également et d'abord par son écriture enracinée autant dans la terre provençale et ses fameux "simples" (à double traduction), que dans ses héritages romains et chrétiens pas toujours très clairs pour une autorité souvent aussi aveuglément centrale que brutale.
Vivant dans ce même territoire méridional et le connaissant un peu, un autre aspect séduisant pour moi vient de cette micro géographie où s'identifier plus aisément tant aux habitants qu'à un contexte historique réduit à des dimensions locales ; tout ça rend les évènements plus vivants sous une belle plume qui m'a parfois rappelé Le nom de la Rose d'Humberto Éco par son thème et certains de ses personnages.