Dans la continuité du premier opus de la saga sur certains aspects (chronologie, atmosphère), Libration est cependant beaucoup plus intimiste, que ce soit dans sa narration ou dans les thématiques abordées.
Là où Betty Chambers, dans l’Espace d’un an, s’intéressait principalement au vivre ensemble, à l’acceptation de l’autre, faisant de l’équipage spatial une parabole de la famille à travers un roman choral, ici c’est bien la construction de l’identité qui est au coeur du récit, à travers une beaucoup plus simple (mais non moins efficace) double trame narrative.
D’un côté nous suivons l’enfance et l’adolescence de Poivre/Jane, qui va essayer de s’enfuir d’une planète dont elle est mise au ban (littéralement : à la poubelle) et va conquérir son humanité et sa liberté avec l’aide de Chouette, une IA. De l’autre côté, dans le « présent », Sidra, une IA transférée dans un corps organique, essaie quant à elle de trouver un but à son existence et de comprendre sa place dans le monde avec l’aide de cette même Poivre et d’autres « intells ». Les deux trames vont naturellement se rejoindre, dans la mesure où les quêtes des 2 personnages sont intimement liées.
Le récit est donc clair, efficace et, il faut le dire, fonctionne très bien. Certaines scènes sont vraiment poignantes et intenses, notamment dans la trame « Jane ». J’ai d’ailleurs vu quelques remarques négatives sur le trop plein de « bienveillance » dans les oeuvres de Betty Chambers : alors déjà, on a parfois le droit de kiffer un peu et de voir autre chose que de la guerre, des tragédies, des conflits millénaires et blablabla dans la SF ; ensuite, vous avez vraiment lu l’histoire de Jane ? Des petites filles, génétiquement modifiées pour faire le sale boulot d’une espèce humaine améliorée qui se dore la pilule, ce n’est pas exactement une « utopie woke »… La violence existe bel et bien dans l’oeuvre, mais elle est un terreau dont vont devoir s’extirper les personnages pour grandir, plutôt qu’un obstacle qu’iels vont devoir affronter.
Le titre, « Libration », qui désigne un point d’équilibre gravitationnel entre deux planètes, est très bien trouvé : Sidra et Poivre recherchent leur point de Libration entre elles, avec le monde et avec elles-mêmes. Alors oui, c’est toujours un peu lisse dans l’écriture, mais je trouve que cette formule « simplifiée » de narration sied davantage au style de Betty Chambers, et m’a personnellement plus touché. Hâte de consulter les Archives de l’Exode maintenant !