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le 3 avr. 2015
SuivreMacbeth, ce vil coquin
Macbeth est une pièce écrite par William Shakespeare en 1606. Celle-ci traite des excès liés au pouvoir, de la justice, de la morale, le tout saupoudré d'une abominable descente aux enfers, de...
Avant tout, je dois souligner que j'ai été malade et que, par conséquent, je n'ai pas pu lire plus rapidement la célèbre pièce de Shakespeare. De ce fait, ma lecture fut abrupte, mais elle est restée passionnante. Un mal pour bien, car j'ai pu prendre le temps de lire la postface et de me renseigner davantage sur l'œuvre du dramaturge. Surtout, la maladie fait un lien avec Macbeth et le terrible engrenage auquel il prend part, jusqu'à devenir fou et paranoïaque. L'œuvre questionne beaucoup le rapport au pouvoir et comment celui-ci peut nous pousser aux pires atrocités. Le théâtre baroque s'opposait au théâtre classique et mettait en avant l'existence d'un homme inquiet face aux gouffres métaphysiques qu'exorcisaient les découvertes scientifiques de Copernic et Galilée. L'homme apprend qu'il n'est plus au centre de l'univers et qu'il n'est qu'une petite poussière dans celui-ci. La réflexion m'était déjà proposée lors de ma lecture du Roi Lear, ce côté existentialiste avant l'heure où l'homme se tourmente et se prive de sa raison et de son repos, le faisant devenir un être errant dans les méandres de l'existence.
Comme le souligne Françoise Spiess, Macbeth est un personnage en clair-obscur. Il incarne d'abord la lumière du courage médiéval, puis il pénètre dans les ténèbres obscures et chaotiques de la tentation pour devenir extrêmement violent. Cette vertu de l'honneur médiéval, avec une frontière définie entre le Bien et le Mal, n'est plus à l'heure où Shakespeare écrit sa pièce. Macbeth brise le lien entre l'idéal et la clarté de l'héros médiéval et le monde de l'envie, de l'ambition et du crime. La convoitise amène à la violence, la violence au crime et le crime à la folie. C'est là tout l'enchaînement tragique de Macbeth. À l'image du Roi Lear, Macbeth, par sa folie sanguinaire, met du désordre dans la logique du monde. Encore une fois, l'écrivain déploie toute une palette de déchaînements météorologiques qui s'attache à faire ressentir la folie du personnage et l'aspect surnaturel de la pièce. Ce qui m'a marqué dans l'analyse est que Macbeth est un usurpateur et que toute cette usurpation se déploie au travers de l'illusion du théâtre. Chez Shakespeare et dans le théâtre baroque, le motif du théâtre qui révèle la vérité à travers ses artifices, alors que la vie se joue de la vérité, est primordial. Notamment dans Macbeth, puisque c'est littéralement une idée, celle que les trois Sœurs du Destin (elles me font penser aux sorcières du sabbat païen et folklorique de la Nuit de Walpurgis dans Faust I et II), prophétisent qu'il sera roi, mais que ce sera la lignée de Banquo qui régnera. C'est cette idée qui obsède Macbeth et le tourmente jusqu'à commettre l'irréparable et une série de meurtres impossibles à arrêter. Finalement, tout cela part d'une image et d'un jeu d'illusions provenant des mystères prédicateurs des sorcières.
Lady Macbeth est celle qui va pousser la main de son mari à tuer, jouant d'ailleurs sur son ego viril d'héros médiéval, mais pour ne pas l'utiliser à bon escient. Elle-même le dit : « Votre main, votre langue, ayez l'air de la fleur innocente, mais soyez le serpent qu'elle dissimule. » C'est un monde de faux-semblants et d'apparences trompeuses ne pouvant qu'amener vers des choses que l'on croit voir, mais qui n'existent pas, et donc une folie culpabilisatrice, voire suicidaire (le spectre de Banquo, le poignard invisible de Macbeth, les mains ensanglantées de Lady Macbeth qui somnambule, etc.). On peut noter également que Shakespeare donne la définition de ce que doit être un bon roi : justice, vérité, tempérance, équilibre, générosité, persévérance, miséricorde, humilité, dévotion, patience, courage et force morale. A contrario, un mauvais roi est débauché, luxurieux, cupide, fourbe, artificieux, impulsif et méchant. Tout ce que représente Macbeth, en somme. Malcolm, le fils du roi Duncan que tue Macbeth au début de la pièce, se venge à la fin et redonne un goût de paix et d'harmonie à une Écosse meurtrie. Mais cette vengeance purificatrice, certes légitime, pourrait très bien donner lieu à un monde bien plus terrible, étant donné que c'est encore l'obsession de l'homme qui pousse à commettre des meurtres. Bref, c'est une très grande œuvre que j'espère pouvoir décortiquer avec le temps et plusieurs relectures.
Ed. Folio, 2014
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le 5 févr. 2026
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