Made in Nigeria
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Made in Nigeria

livre de Sefi Atta (2022)

Dans ce printemps où abondent les nouveaux romans d'auteurs nigérians (Obioma, Adichie, Adenle), il semble bien que le livre de Sefi Atta, Made in Nigeria, passe quelque peu inaperçu, alors qu'il est sans doute l'un des deux meilleurs de cette floraison, avec L'inventaire des rêves, dont il se rapproche d'ailleurs par certains côtés. Sefi Atta, après notamment des ouvrages aussi remarquables que Avale et Le meilleur reste à venir, n'avait rien publié depuis plus 10 ans mais elle n'a rien perdu de la finesse de son style, de sa fluidité, de sa vivacité, ni de son talent à créer des personnages attachants, qu'elle traite souvent avec une ironie dévastatrice. Son roman, qui s'intitule The Bad Immigrant en V.O, est écrit à la première personne qui est, en l'occurrence, un père de famille, et ce n'est pas la moindre performance de l'autrice que d'avoir su se glisser avec une crédibilité incontestable dans le costume et la tête d'un homme. Dans sa famille expatriée volontaire aux États-Unis, au tournant du XXIe siècle, aux côtés de son épouse et de son fils et de sa fille, adolescents, le dénommé Lukmon est celui qui a le plus de mal à s'adapter à sa nouvelle vie américaine, incapable, dans un premier temps, de trouver un emploi à sa hauteur, au contraire de sa femme, ou de nouer des amitiés, à l'inverse de ses enfants. Sefi Atta fait montre de beaucoup d'humour pour décrire les actes et les pensées de cet homme instruit qui se croit tolérant alors qu'il est lesté de préjugés et de contradictions, en ce qui concerne la race, le genre, le mariage, l'éducation des enfants, les différences entre les Africains et les Afro-américains, voire même les cheveux des femmes. La romancière manie à part égale la causticité, la fantaisie et la gravité pour dépeindre avec acuité et réalisme l'immigration et l'assimilation, sans jamais verser dans une quelconque caricature.

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le 5 mai 2025

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