Né en 1920, Silvio d’Arzo, de son vrai nom Ezio Comparoni, publia « Maison des autres » en 1948 dans une revue, et ne cessa ensuite de retravailler ce texte jusqu'à sa mort en 1952 ; il n’avait alors que trente-deux ans.

En plein néoréalisme italien, «Maison des autres» semble détaché de l’histoire du vingtième siècle, situé dans un monde ancestral et rude, où la succession monotone des jours est uniquement interrompue par les fêtes religieuses et les enterrements.

L’histoire de cette nouvelle d’une soixantaine de pages se réduit à très peu : dans un village de montagne isolé des Apennins, un prêtre rencontre une vieille femme qui a visiblement quelque chose à dire. Il cherche à connaître la question que celle-ci hésite à livrer.

«C’était la première fois que je pouvais la voir de près et je me mis à la regarder attentivement.
Elle avait une peau sombre et rêche, des cheveux couleur gris pigeon, des veines plus dures et saillantes que celles d’aucun homme. Et si un arbre peut de quelque façon servir à évoquer un humain, eh bien c’était un vieil olivier des fossés qui lui convenait. À la voir ainsi, il me semblait que ni la fatigue ni l’ennui ne pourraient désormais rien contre elle : elle se laissait vivre et cela suffisait, voilà tout. »

L’hiver de ce récit est glacial et, dans ce monde archaïque, le temps et les hommes semblent eux aussi comme paralysés par le gel, dans cette vie dépourvue de tout événement. Et finalement seule cette femme, avec sa question que l’on va découvrir, est prête à s’affranchir de la succession fatale de ces jours tous semblables. Et seule elle est vivante.

Précédé d’une belle préface d’Attilio Bertolucci, «Maison des autres» est un texte intemporel, qui a fait couler une larme gelée dans le coin de mon œil.
MarianneL
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le 16 déc. 2013

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