Sur le bandeau de ''Mes convictions'' de Jean Nouvel, la citation « Sans artiste l'architecture disparaît. » A cette lecture l'on se demande : qui peut bien se soucier d'architecture en 2025 sauf les riches, les ultra-riches et les architectes qui se regardent le nombril ? Jean Nouvel est de ceux-là, starchitecte soucieux de son image et de celle de ses constructions.
Les quatre cent pages de son pavés sont une compilation de ce que l'artiste a pu écrire en une quarantaine d'années. L'impression est un sentiment d'inconsistance, de fatuité et de vanité.
Fatuité parce que l'homme soigne son portrait en artiste, dans des textes tels une auto-interview -page 64- , un ''Je me souviens'' décousu -234- recette empruntée à Perec la tirant de Joe Brainard, un manifeste songe-creux -page 260- ou un ''si j'étais président'' d'un aveuglement économico-politique confondant.
Vanité parce que d'une part Nouvel surestime l'importance de l'''architecte'' - sinon de l'architecture - dans la marche du monde, et d'autre part parce qu'aucun de ses textes n'apporte une réflexion véritable sur ce qu'est fondamentalement l'acte de construire, pour quoi et pour qui.
La pensée de Nouvel est celle d'une rock-star qui fait des tubes : un salmigondis de clichés philosophico-conceptuels justifiant plus ou moins des formes faites pour attirer l'attention et grimper au sommet des charts – entendre les revues d'architecture.
Ce qui a toujours intéressé Nouvel c'est le buzz formel et l'illusion cinématographique – il semble rêver d'une ville à la Blade Runner.
Artiste donc, oui, pourquoi pas. Un plasticien à grande échelle pourrait-on dire, un artiste ''éclectique'' picorant des images et des concepts ici et là et les remixant en nouvelles images, un artiste davantage post moderne qu'il ne voudrait l'avouer. Ce qui intéresse avant tout Nouvel c'est la ''nouveauté'' et l'illusion. En cela il est bien de notre époque, époque de simulacre et de miroir aux alouettes . Voir à cet égard son ode au miroir page 241.
Pour finir en parlant d'architecture utile, au delà des grands geste monumentaux, prenons deux cas de construction de logements :
-Nemausus, opération de logements sociaux dont il vente, dans un texte de 2025, les mérites d'usage ; le problème c'est que les grands logements dont il fait l'éloge méconnaissent les règles de fixation des loyers sociaux au m2 ce qui rend ces logements inabordables aux ménages les plus modestes à qui ils sont destinés, un exemple de mépris des contraintes programmatiques au profit de la ''liberté d'expression'' de l'architecte et de ses fausse bonnes idées ; au demeurant les immeubles de Nemausus négligent aussi les contraintes climatiques méditerranéennes : machineries d'ascenseur inondables provoquant des pannes régulières et durables, et inconfort thermique d'été grâce aux immenses baies industrielles.
-La Calanque, opération immobilière marseillaise voulant imiter ce que son nom indique -au croisement de deux voies rapides- s'avère une opération en restanques incroyablement dense (15 étages 540 logements) plantée de pins rabougris par le mistral et l'atmosphère surchauffée de la ville mais qui « se nourrit de la nature » pour reprendre l'argument de sa promotion et les images de synthèse verdoyantes du projet. Une copropriété dégradée future à n'en pas douter.
Dans ces deux projets ''domestiques'' le geste de l'artiste-architecte montre à quel point au mieux il méconnaît les conditions de vie de tout un chacun – du plus grand nombre –, au pire il les méprise au nom de son inspiration.
Lire les convictions de Nouvel n'apprend rien d'autre que ce que l'on pouvait attendre d'une star de la société du spectacle. Ce qui est le plus dérangeant est que ces convictions masquent la nature capitaliste du monde où nous vivons, tout en attaquant volontiers la réglementation et l'administration chargée de l'appliquer.
Les édifices de Nouvel offrent des tours de manège, de même ses convictions.
Nota : Qu'est qu'une bonne architecture ? La plupart du temps c'est une construction en harmonie entre son milieu et son usage, la plupart du temps c'est une architecture sans architecte, une architecture vernaculaire telle celle du M'Zab en Algérie, une architecture faite par des artisans maçons (les fermes des XVIIe et XIXe siècle en europe) par des charpentiers (les temples, palais et maisons japonaises), ou une architecture d'architectes perpétuant intelligemment les savoir-faire ancestraux en les actualisant : un Assan Fathy en Egypte, un Fabrizio Carola en Afrique, un Fernand Pouillon en France, et d'autres encore