Lu le 18 Février 2021. Edition Pocket. 8/10
Il y'a une manifeste portée didactique et philosophique dans ce texte si court où il est difficile d’y voir : ou un récit complet ou un essai abouti.
Une chose est sûre : c’est très mignon comme univers ! Les deux géants surdimensionnés pour la conception humaine sont extrêmement attachants et c’est tout à fait amusant de contempler sa propre espèce comme si on était des minimoys ! Des minimoys qui sont néanmoins forts débrouillards et malins quand on constate que l’on savait déjà à l’époque de Voltaire (et peut-être même avant) que les pôles de la terre sont aplatis !
Pour y voir plus clair dans les idées développées, mieux vaut procéder par chapitre...
Chapitre 1 : D’emblée très dense et cultivé. Mise en place de la philosophie du relativisme, importance de remettre l’homme à sa place sur la subjectivité du « grand » et du « petit ». Par la description de notre géant, Voltaire postule des êtres extra-terrestres, bien plus sages et voyageurs que nous, ce qui est déjà une idée particulièrement osée à cette époque. Critique comme à son habitude de l’obscurantisme et de l’inculture crasse qui amène des livres à être censurés par des juges qui n’ont même pas lu ce livre, amertume évidente de
l’auteur bien qu’il vive dans une période de liberté d’expression plus grande que jamais.
Chapitre 2 : L’objectivité scientifique et la précision scientifique apparaissent comme des clés de voûte vers le progrès. Et les géants partagent ce sentiment d’incomplétude et de finitude et de temps qui file, avec nous (comme avec probablement tous les êtres).
Chapitre 4 : Questionnement sur l’animalité des êtres qui nous paraissent plus petits. Comment peuvent-ils exister. Quelle est la taille de l’atome ? Ont-ils une âme ? Questions contemporaines de Voltaire où on commence à étudier/disséquer de très petits corps (sans pour autant entrer concrètement dans la chimie).
Chapitre 6: Très intelligente et intéressante démonstration (anti-cartésienne) de la présence d’âme et d’esprit dans des êtres apparemment misérables + démonstration de la science humaine qui impressionne les gens. Tend à montrer qu’il y a un nombre infini de choses qui existent et qu’on ne peut pourtant pas imaginer.
Chapitre 7 : Virulente critique de nombreuses philosophies et de l’orgueil des hommes. Particulièrement critique envers la somme théologique de Saint-Thomas d’Aquin, anthropocentriste et véritable antithèse de la philosophie des Lumières. Mais aussi critique de Leibniz raillé par Voltaire pour son caractère abscons. Préférence assez logique pour Locke, matérialiste, centré sur le corps, les sens, l’humain et tout ce qui participera à la pensée capitaliste qui découle des lumières.
Et déjà, (comme plus tard dans Candide) apparition de la topique de l’absurdité de la guerre, commandée par des rois/généraux qui ne verront jamais les terres pour lesquels leurs soldats inconnus s’entre-tuent !
En guise de morale, Micromégas partage aux hommes un manuscrit blanc qui semble conclure sur l’idée qu’il « Il n’y a pas de vérité absolue ».
Ce petit conte est logiquement moins lu que les autres (Candide, Zadig) car bien que très court, il suppose une bonne connaissance du contexte politique-social-culturel-scientifique pour comprendre l’entièreté et la pertinence du propos...
Il reste néanmoins très intéressant et ferait passer un bon moment à un enfant, un peu comme le fait Le Petit Prince en nous faisant voyager de planète en planète…
« Rien n’est plus simple et ordinaire dans la nature [que de concevoir des êtres et des planètes 20 000 000 de fois plus grands que nous] » (page 1)
« La nature est comme la nature. Pourquoi lui chercher des comparaisons ? - Pour vous plaire répondit le secrétaire » (début du chapitre 2)