Nana
7.3
Nana

livre de Émile Zola (1880)

"Ce fervent dont elle avait empoisonné un peuple venait de lui remonter au visage et l’avait pourri"

Après avoir lu dans Germinal la suite de la vie d’Etienne Lantier, fils de Gervaise Macquart (l’Assommoir), loin du quartier de la Goutte d’Or à Paris, dans le coron des Deux-Cent-Quarante, il me paraissait nécessaire de découvrir la suite de la vie du second enfant de Gervaise : Nana.

Contrairement à son frère qui vit dans le bas monde, qui use de sa chair pour gagner à peine 30 sous par mois, Nana elle, est une femme de la haute société, du moins celle-ci la désire, la courtise grâce à son toupet moelleux et bien fourni qu’elle expose au théâtre des Variétés.
Zola nous emmène alors dans les appartements de Nana, tout d’abord Boulevard Haussmann et ensuite avenue de Villiers, on y découvre alors la vie de débauche que mène Nana dans ses grands appartements. Grands appartements certes, mais qui doivent sans cesse abriter dans les placards, dans les salons les courtisans de Nana afin que l’un d’entre eux ait toujours l’illusion qu’elle lui est acquis.

Car cette jeune femme, grande et forte, disgracieuse, cette « chienne qui n’est pas en chaleur et qui se moquent des chiens qui la suivent » (E. Zola) sans talent, sans jugeote fait fortune en vendant sa chair à tous ces hommes qui l’ont aperçu au théâtre se dandiner singulièrement.
En Nana ils voient une bête, une bête de foire qu’ils aimeraient gouter, apprivoiser, parfois marier. Mais celle-ci est indifférente à tous leurs charmes, à toutes leurs bonnes attentions, son seul désir est celui d’une gloutonne, une gloutonne qui a soif d’argent, d’influence, de pouvoir.

Ce spécimen qui n’est point commun dans leur cercle social, dans leur vie bien rangée, les attire, les excite, les délecte. Malgré leur lignée familiale radieuse, leur foi au bon Dieu, leur fortune, leurs principes, leurs propriétés, une fois qu’ils sont sous l’emprise de Nana, de la bête, celle-ci les bouffe, les gobe, les détruit, les dérobe de leur vie bien rangée, de leurs projets. Une fois que les pêchés de la tentation, de la luxure sont commis ils ne peuvent point revenir en arrière. La bête leur gobe tout, détruit tout et recommence ce cercle vicieux indéfiniment avec tous les hommes qui la désirent.

Un volet des Rougon-Macquart qui m’a beaucoup plu, outre parfois les longues descriptions du théâtre des Variétés que ce soit sur scène, en coulisse ou en répétition. Ce que j’ai particulièrement aimé dans cette œuvre est l’ascension sans cesse plus grande de Nana, son désir de tout avoir autant que celui de tout détruire, son emprise sur les hommes de bonne famille prêts à tout pour courtiser cette femme du bas peuple, bouleversant les codes de la bourgeoisie et qui conquiert le tout Paris.

Sentor-Barda
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Livres lus en 2021

Créée

le 20 janv. 2021

Critique lue 220 fois

Sentor Barda

Écrit par

Critique lue 220 fois

1
2

D'autres avis sur Nana

Nana

Nana

9

Gwen21

le 21 févr. 2014

Suivre

Critique de Nana par Gwen21

Pour pleinement percevoir la puissance et l’impact de « Nana », neuvième volet de la série des Rougon-Macquart, il faut se livrer à l’exercice de se projeter en pensée en 1880, date de sa...

Nana

Nana

10

AlexCarson

le 23 juin 2012

Suivre

Belle peinture.

D'après moi, un livre c'est une rencontre et comme le disait Marcel Proust « La lecture est une amitié. ». Si j'avais essayé de lire ce livre il y a un an je suis persuadée qu'il ne m'aurait pas...

Nana

Nana

9

ClementLeroy

le 22 juin 2016

Suivre

La chair est triste, hélas.... Un grand roman !

Bonjour à tous, « Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme...

Du même critique

Germinal

Germinal

10

Sentor-Barda

le 29 déc. 2020

Suivre

Lamentation, marxisme, lutte des classes, servitude

5 ans après avoir lu l’Assommoir que j’avais beaucoup aimé mais que j’avais peiné à finir, voir l’adaptation de Germinal de Claude Berri avec Renaud dans le rôle principal m’a motivé à me replonger...

Dix pour cent

Dix pour cent

9

Sentor-Barda

le 2 mars 2021

Suivre

Le monde du showbiz en coulisse

Parisianisme, bobo, anti-provincial, en dehors de la réalité, autocentré, ce sont des mots, de nombreux adjectifs péjoratifs qui ont déferlé la chronique saison après saison sur la série 10 pour cent...

Thérèse Raquin

Thérèse Raquin

8

Sentor-Barda

le 26 janv. 2021

Suivre

« Il l’avait jeté à l’eau, et voilà qu’il n’était pas assez mort »

Thérèse Raquin est un thriller obscur, court, ayant pour décor un sombre passage parisien qui met en scène une femme veuve tout juste remariée Thérèse, son ancien amant et désormais mari Laurent,...