Une ruée étouffante. Où qu’aille Nana, elle est poursuivie par les hommes. Ils débordent de son appartement, envahissent chaque pièce, sa chambre, le palier même de sa porte. Elle n’existe d’abord qu’à travers son corps, offert au regard, convoité par tous ceux qui la voient jouer. Tous acceptent de lui livrer leur fortune et leur dignité. Nana suffoque sous cette pression ; ne supportant plus d’être réduite à cet objet, elle plaque tout pour une romance qu’elle croit sincère. Elle découvre alors qu’aucune issue heureuse ne lui est possible. Engluée dans des relations de domination qui la ramènent sans cesse à son corps, elle finit abandonnée.


Il ne reste plus alors qu’à assumer pleinement ce pouvoir qui l’a enfermée. La ruée recommence, redoublant d’intensité, telle un four auquel on double sans cesse les rations de bois. Dans le luxe offert par le comte, son harem d’hommes prêts à tout pour son corps redouble d’abnégation : l’un tente de mourir, tous lui abandonnent leurs fortunes. Nana engloutit les hommes, insatiable, non par soif de richesses, mais parce qu’il n’y a rien d’autre à attendre, pour elle, de cette existence.


On commence le roman en pensant lire l’histoire d’une victime ; Nana ressemble de plus en plus à un bourreau à mesure que le récit avance — et peut-être est-ce là la volonté de Zola. Il nous montre, en trois temps, comment les hommes transforment cette femme qui n’aspirait à pas grand-chose, et qui, en se débattant sans cesse, finit par tracer elle-même les parois de sa cage, prenant peu à peu conscience de son destin. Alors, presque avec amusement, presque avec cruauté, elle creuse la tombe de tous ces hommes qui la harcèlent, qui sonnent chez elle à toute heure.


Et rien n’est à espérer pour Nana, qui meurt seule, mais toujours observée.

louisMescudi
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste 2026

Créée

le 20 janv. 2026

Critique lue 4 fois

Nana

Nana

9

Gwen21

le 21 févr. 2014

Suivre

Critique de Nana par Gwen21

Pour pleinement percevoir la puissance et l’impact de « Nana », neuvième volet de la série des Rougon-Macquart, il faut se livrer à l’exercice de se projeter en pensée en 1880, date de sa...

Nana

Nana

10

AlexCarson

le 23 juin 2012

Suivre

Belle peinture.

D'après moi, un livre c'est une rencontre et comme le disait Marcel Proust « La lecture est une amitié. ». Si j'avais essayé de lire ce livre il y a un an je suis persuadée qu'il ne m'aurait pas...

Nana

Nana

9

ClementLeroy

le 22 juin 2016

Suivre

La chair est triste, hélas.... Un grand roman !

Bonjour à tous, « Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme...