J'ai enfin lu Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, après en avoir vu le film il y a plus de vingt ans. Je connaissais donc déjà la trajectoire générale du récit, ce qui a forcément influencé ma lecture.
Le roman est indéniablement très bien écrit. La première partie, centrée sur l'enfance de Scout, Jem et Dill, fonctionne sur une restitution très juste du regard enfantin : les dialogues sont vivants, les situations crédibles. Mais en tant que lecteur adulte, cette partie m'a paru très balisée. Le mystère autour de Boo Radley, est beaucoup trop lisible pour fonctionner comme une énigme narrative, et la “révélation” finale tombe un peu à plat.
Le cœur du roman repose sur le procès de Tom Robinson et sur la figure d'Atticus Finch. Et c'est là que mon malaise s'est installé. Atticus est présenté comme un modèle d'intégrité, mais cette intégrité ne s'exerce jamais en dehors du cadre établi.
C'est là le point central : le roman semble accepter l'idée que la justice est défaillante, et qu'elle peut être compensée par la droiture de quelques individus. Or c'est précisément ce que je trouve problématique: un système injuste ne devient pas plus juste parce que certains de ses acteurs sont moralement irréprochables. C'est ce qui se joue aussi dans la fin autour de Boo Radley. Même si son geste peut relever de la légitime défense, il est soustrait à toute procédure. Sans reconnaissance officielle, sans cadre judiciaire, il reste seul face à ce qu'il a fait. La compassion des adultes remplace le droit, mais ne le résout pas. Et cela pose un problème plus large : l'arbitraire moral des personnes en charge de la loi.
J'ai bien aimé la construction du regard de Scout, et la vision qu'elle a de la justice (ou plutôt de l'injustice). Mais au final j'ai été irrité par la résolution d'une certaine justice qui est rendue à la fin.