Moins de cynisme, plus de psychologie
Dans "Nécrologie", on est plus près du roman noir que du thriller et l'auteur laisse de côté l'humour noir et le cynisme qui le caractérise dans ses précédents opus pour nous entrainer dans un monde de regrets, de chagrin et de sordide. Paul Cleave met l'accent sur le personnage principal, Théodore Tate, nous le montrant dès les premières pages comme un homme blessé. Théodore a perdu sa famille, fauchée par un chauffard en pleine rue. Sa fille demeure dorénavant 6 pieds sous terre et sa femme est murée dans le silence où l'hôpital psychiatrique est sa prison. Dès lors, brisé, il laisse de côté sa carrière de policier mais reste plus ou moins dans "la maison" en ouvrant un bureau de détective privé. Ici, sa dernière affaire va ressurgir du passé et le faire culpabiliser. Dès lors, trouver la clé de l'énigme devient vital pour lui et il va explorer au fil des mois tous les sentiments humains.
La psychologie des personnages est la grande force de ce roman. Plus que l'enquête à proprement parlé, qui est d'ailleurs très bien menée, c'est le devenir des hommes et des femmes peuplant "Nécrologie" qui tient le lecteur en haleine. Théodore Tate, c'est un peu de chacun d'entre nous. Que deviendrions-nous si notre vie se voyait basculer du jour au lendemain passant du bonheur d'une famille aimante à l'horreur du deuil? Tate chute, doute, croit détenir la vérité, se fait vengeur, se fourvoie, sombre dans l'alcoolisme... Va-t-il s'y perdre totalement ou se relever? Va-t-il démêler l'affaire et se montrer plus efficace que la police actuellement occupée par celle du Boucher de Christchurch (et hop, un clin d'oeil à l'un des précédents romans de Paul Cleave)? Le lecteur est tenu en haleine par l'histoire et la quête de la vérité mais aussi par l'affection qu'il a développé au fil des pages pour cet ancien flic.
On ne peut pas vraiment comparer "Nécrologie" aux romans de Paul Cleave déjà parus. Comme je l'ai déjà dit, l'humour n'a pas ici sa place et on se rapprocherait plus d'un traitement des personnages à la R.J. Ellory. N'est-ce pas un excellent argument pour vous faire découvrir ce roman d'urgence?