Deuxième incursion dans l’univers de Bégaudeau après Histoire de ta bêtise, où il s’attaquait à la gauche bourgeoise « bien-pensante » et à l’extrême centre, en décortiquant les mécanismes idéologiques à partir de son référentiel communiste.
Dès les premières pages de Notre joie, on retrouve un terrain familier : un style foisonnant, digressif, presque organique, qui semble suivre le fil de sa pensée plus qu’un plan structuré. Ce n’est pas une démonstration linéaire, mais plutôt une stratification de réflexions, de concepts, de provocations, comme si l’auteur nous invitait à penser avec lui, en direct.
Cette fois, Bégaudeau s’attaque à une série de notions contemporaines : le couple paradoxal libéral-autoritaire, le refus de se situer sur l’échiquier politique, ou encore l’idée que l’identité est une volonté d’identique. Il explore ces thèmes en les confrontant à des événements récents (comme la crise du Covid), tout en appliquant son scalpel critique à ses propres biais et à sa propre vision du monde.
Il y a dans cette lecture une forme de plaisir coupable, celui de voir les idées dominantes mises à nu, déconstruites avec une verve presque nietzschéenne. Bégaudeau ne cherche pas à convaincre, mais à désenfumer, à retirer le voile sur les illusions du discours dominant, pour mieux nous ramener à une lecture plus précise du réel.