Notre part de nuit – Mariana Enriquez
Le roman s'ouvre sur Gaspar, un jeune garçon, et son père Juan, dans une Argentine sous dictature militaire. La mère a disparu dans des circonstances tragiques, et l'on comprend rapidement qu'une obscurité bien plus profonde se dissimule derrière ce deuil.
Dans ce roman d'horreur mystique saupoudré de gore et de scènes dérangeantes, Mariana Enriquez nous plonge dans l'Argentine de la dictature avec une écriture — ici en traduction — directe, sans fioritures, mais d'une efficacité redoutable. Comme dans le récit lui-même, une noirceur poisseuse s'empare du lecteur et le tire vers quelque chose d'innommable.
Le fond est difficile, parfois éprouvant, et certaines parties accusent quelques longueurs. Pourtant, je me suis laissé happer par cette obscurité. L'auteure incarne l'horreur dans la chair, dans le concret, dans le malaise — quelque part entre Stephen King et Lovecraft. Un culte impitoyable au service d'une divinité sombre constitue le moteur du récit, mais le livre est bien plus que cela : une métaphore des années noires de la dictature, dont le poids continue de peser sur la conscience argentine.
Si le roman n'a pas fait l'unanimité lors du club de lecture du Bocal, j'ai pour ma part trouvé la partition horrifique particulièrement réussie.