Sylvaine est nourrice : une fois son bébé sevré, elle se rend à la ville avec le « meneur » et d’autres nourrices. On lui confie Gladie, une nouvelle-née à allaiter, qu’elle ramène au village. Une nuit, elle ressent un « appel », et se rend dans la forêt, où elle découvre une nouvelle-née. Entre elles, une relation fusionnelle s’installe. Lorsque Gladie meurt, Sylvaine décide de ne rien dire et de la remplacer par l’enfant de lune…
Nourrices est le premier roman de Séverine Cressan. Un roman magnifiquement écrit, à la langue sensuelle et généreuse. L’autrice donne une voix aux nourrices, ces femmes pauvres payées pour nourrir l’enfant des autres, des bourgeois de la ville, souvent. Autour de ce nourrissage s’est développé un véritable commerce centré non pas sur le bien-être des enfants, mais sur l’aspect lucratif. De là des conditions de transport terribles pour les enfants (entassés dans un grand panier deux jours durant, sans hygiène, sans nourriture), des nourrices qui pour certaines s’occupaient peu des bébés qui leur étaient confiés, et en conséquence, une très forte mortalité infantile.
A cet aspect sociétal du roman s’ajoute une dimension mystique. Aucune indication de date n’est donnée, le roman se passe dans le temps du conte. Sylvaine est en connexion étroite avec la nature, elle est appelée par la lune. Les enfants aussi s’apparentent par certains aspects à des lutins, ou des créatures des bois dotées de pouvoirs magiques. Ces incursions dans le domaine du conte donnent au roman de Séverine Cressan une portée universelle : les nourrices sont des femmes opprimées parmi beaucoup d’autres. Ensemble, elles trouveront peut-être la force de changer les choses. Comme l’ont fait, le font et le feront encore, les femmes de tous les pays et de tous les temps…
Un excellent premier roman, une pépite de cette rentrée littéraire 2025.