Il y a tant de différences entre l’Iliade et l’Odyssée, que ce soit au niveau de la construction du récit ou des thématiques abordées ! La lecture de l’Odyssée n’en est que plus enrichissante, montrant une toute nouvelle facette de l’aède et de la Mythologie. On retrouve bien sûr les épithètes et formules chères à Homère, la poésie mythologique et le souffle épique de l’Iliade, mais dans une aventure plus personnelle, plus intime. En effet, L’Odyssée n’est autre que le retour d’Ulysse (Odysseus) à Ithaque, thème qui, forcément, nous amène à côtoyer le personnage et sa famille.
Dans cette optique, Homère traite ainsi de pans entiers et nouveaux de la culture grecque, qui n’apparaissaient pas dans le poème d’Ilion. La poésie guerrière aux héros braves et vertueux se transforme en poésie du voyage, de l’hospitalité et de l’opiniâtreté. Homère montre ainsi, derrière l’idéal panhellénique de l’Iliade, une vraie curiosité des Grecs anciens, rentrés en contact avec une multitude de peuples sur tout le pourtour méditerranéen, et une connaissance du monde jusqu’aux lointaines colonnes d’Héraclès. Le poète retranscrit également l’honneur que les Grecs attachent à l’hospitalité, au bon accueil de l’hôte, caractérisé par un échange de biens pour montrer son opulence. A ce titre, le passage de Télémaque chez Ménélas, ou l'accueil d'Ulysse chez Alcinoos, sont très instructifs et beaux à la fois, car il y a de la beauté dans cet accueil chaleureux et désintéressé.
L’Odyssée met également en avant les valeurs familiales, la femme restant fidèle à son mari jusqu’au bout et s’occupant de la maisonnée même en son absence, le fils cherchant des réponses à propos de son père, savoir s’il est encore en vie, ou s’il est mort sous les murs de Troie, en héros. Et pour le père, le courage, la vertu, la persévérance pour traverser toutes les épreuves afin de retrouver les siens. L’attachement à la terre, à la patrie, est une vertu primordiale et la valeur la plus belle de l’homme grec, et, plus universellement, de l’Homme. Ulysse fit son choix. Il pouvait rester avec la belle Calypso pour l’éternité, ou rentrer à Ithaque et renoncer à l’immortalité. L’Amour de ses racines est le plus puissant des sentiments.
«Vénérable Déesse, ne t'irrite point pour cela contre moi. Je sais en effet que la sage Pénélope t'est bien inférieure en beauté et majesté. Elle est mortelle, et tu ne connaîtras point la vieillesse ; et, cependant, je veux et je désire tous les jours revoir le moment du retour et regagner ma demeure.»
Enfin, l’Odyssée met en avant un concept prépondérant dans la pensée grecque : la mètis, la ruse. Après tout, Ulysse est l’homme aux mille ruses, le plus grand représentant de la mètis, et l’Odyssée se devait de mettre en avant cette caractéristique. On pourrait même dire que l’Odyssée invente la mètis à travers Ulysse. C’est en effet une notion que l’on trouve peu dans l’Iliade, davantage tournée vers les vertus guerrières et la bravoure, mais qui est omniprésente dans l’Odyssée. C’est dans cette dernière que l’on apprend comment la Guerre de Troie fut gagnée, grâce à la ruse d’Ulysse, le fameux cheval de Troie. Outre sa persévérance, c’est bien grâce à ses ruses qu’Ulysse put retrouver sa terre et survivre au voyage éprouvant et semé d’embûches, dicté par le courroux de Poséidon. C’est enfin par la ruse qu’Ulysse parvint à se venger des prétendants qui avaient souillé son nom et sa demeure.
L’Odyssée achève ainsi de poser les bases de la Mythologie, de la culture, et des vertus primordiales grecques, formant avec l’Iliade un diptyque parfait, fondamental et inégalé. C’est avec beaucoup d’humilité et de respect que nous devons aborder de telles œuvres, à l’origine de toute notre culture. C’est avec une émotion plus grande encore, que l’on tourne la dernière page, et que l’on repense à la grandeur et à l’importance de l’œuvre que l’on vient de lire, qui émerveille les hommes depuis des millénaires.