Il n’est pas rare qu’un parent franchisse le seuil de ma librairie dans l’espoir d’y trouver un livre sur le deuil. Pour les petits, j’ai par exemple l’habitude de conseiller Mes p’tits pourquoi : La mort ou le récent (et très émouvant) Mon ami de Mario Sonet. Mais pour les 9-13 ans, je bottais jusqu’à présent en touche. Et puis On ne dit pas sayonara d’Antonio Carmona est arrivé dans les cartons, fort de son prix du premier roman jeunesse 2023 fièrement imprimé sur son bandeau.
On y suit Élise, jeune fille de onze ans dont la maman d’origine japonaise est décédée brutalement quatre ans plus tôt. Depuis ce jour, son papa refuse d’en évoquer le souvenir, ayant enterré les partitions et les enregistrements de sa défunte épouse au pied du cerisier du jardin, et condamné l’accès à la pièce au piano dans laquelle celle-ci répétait. Le quotidien d’Élise se résume ainsi à de timides échanges avec son père et des tartes aux oignons cuisinées par ce dernier… Du moins jusqu’à l’arrivée inopinée de sa grand-mère maternelle de Kyoto.
Sans excès de pathos ni fausse désinvolture, On ne dit pas sayonara est un roman comme une caresse : délicat et chaleureux. Antonio Carmona y aborde le deuil chez l’enfant et le parent sans chausser les grosses geta. Cela passe par le personnage d’Élise qui, sur le fil entre joie et tristesse, témoigne de ce subtil équilibre émotionnel atteint par l’auteur. Les personnages secondaires tels Stella, cette camarade de classe fondue de culture japonaise et de Naruto (enfin, plutôt de Sasuke), ou la grand-mère Sonoka insufflent ensuite humour et gaieté à l’histoire sans la dénaturer. Même certains traits de caractérisation ne se révèlent pas aussi épais qu’on pouvait le craindre : la manie d’Élise à ne pas finir ses puzzles enrichit ainsi sa personnalité plutôt qu’elle ne l’alourdit. Et pour ne rien gâcher, l’auteur fait de la référence au manga susmentionné un usage signifiant dans son récit.
Découpé en très courts chapitres, On ne dit pas sayonara satisfera les jeunes lecteurs réfractaires à la lecture ou en quête d’un roman procurant un plaisir immédiat. Le texte est drôle et le registre de langue est accessible aux débutants. En outre, la situation qui y est dépeinte leur donnera des clés de compréhension permettant de mieux affronter le vide laissé par un proche disparu dans le cœur du foyer. Pour les moins jeunes, elle offrira un très beau moment d’émotion pour une lecture aussi agréable qu’indispensable. Je ne dis donc pas « sayonara » mais « mata-ne, Carmona-san ».