Il n'est pas étonnant que Giuliano da Empoli loue les qualités d'Opération combinée, le nouveau roman de Mikhaïl Chevelev. Il s'agit en effet d'un ouvrage complémentaire de son Mage du Kremlin, autour de celui que l'auteur russe a désigné sous le terme de Numéro un dans un roman précédent. Thriller d'espionnage et de politique fiction, Opération combinée est d'une redoutable efficacité, dans une course contre-la-montre dans laquelle un père et un fils, l'un prisonnier en Russie, l'autre vivant aux États-Unis, sont impliqués. Chevelev mise tout sur le suspense et en filigrane sur l'exploration de la psychologie du locataire du Kremlin, quitte à user de raccourcis dans l'action, frustrant un peu par son absence de développements. Le romancier, journaliste très bien informé du jeu d'échecs permanent en cours à Moscou depuis l'arrivée au pouvoir de l'ancien du KGB, livre un ouvrage haletant, qui confirme le cynisme et le goût du pouvoir de l'homme que l'on a appris à détester en Occident, qui fascine toujours par son absence de scrupules et son ambition démesurée. Pendant ce temps-là, le peuple russe, lui, muselé et sans doute désabusé, compte les points et attend un changement qui ne présage en rien un avenir porteur d'espérance.