Opium Poppy par Nina in the rain
Je n'avais jamais lu aucun roman ou texte d'Hubert Haddad, persuadée que c'était infiniment trop intelligent pour moi. Et là, au détour d'un prêt de ma libraire, j'ai testé Opium Poppy que je n'avais volontairement pas pris sur table (je regarde TOUJOURS les résumés des bouquins de chez Zulma, ils sont généralement excellents. Les bouquins, pas les résumés. Enfin, si, les résumés aussi. Bref, arrêtez de faire semblant de ne pas m'avoir comprise). L'histoire ne me disait trop rien, pour tout avouer je ne suis pas fan des histoires de guerre, d'enfants soldats, de réfugiés ... Je crois que je n'aime pas trop retrouver mes lectures de quotidiens dans mes lectures romanesques, non pas parce que je refuse d'être au courant, au contraire, je lis trois quotidiens chaque jour, mais parce que je crois que j'aime garder les romans comme lecture agréable et pas comme rappel d'une réalité que j'abhorre. Le conflit afghan, les enfants kamikazes, le trafic d'opium et d'armes à feu, tout cela me semble trop proche et trop prégnant pour que je puisse m'évader à la lecture. Pour aller au bout de ma pensée, je pense que c'est exactement de ça que je souhaite m'évader.
Du coup, j'ai eu du mal avec Opium Poppy. J'ai tout à fait accroché à l'écriture, à la manière de dire les choses, mais j'ai failli plusieurs fois le refermer parce que c'était trop dur pour moi. Je sais qu'on pourrait me jeter des pierres, me dire que ces enfants ne peuvent pas se mettre en retrait de leur histoire comme je le fais, que c'est bien facile du fond de mon lit dans mon appartement parisien de me dire que je ne veux pas entendre parler d'eux là tout de suite, mais je suis probablement sur ce sujet comme beaucoup d'européens. Je me dédouane avec un virement automatique à Médecins du Monde en me disant que ça fait des points de karma, je lis les journaux, je m'indigne mais je ne prends pas mon sac à dos pour partir comme volontaire dans un camp de réfugiés. J'imagine que je pourrais. Mais qu'est-ce que je leur amènerais ? Des cours de gestion ? Je me sens profondément incompétente. Et bien, sûr, son corollaire, admirative et honteuse quand je vois certains de mes amis s'engager pour une cause et partir s'occuper d'humains ou d'animaux à l'autre bout de la planète. « Je fais ce que je peux à mon niveau » c'est bien mignon, mais je sais que je pourrais faire plus, et que je ne le fais pas.
Pour en revenir au roman, il est tout à fait superbe, il n'y a pas de doute, si toutefois l'itinéraire d'un enfant-soldat peut être qualifié de superbe. Mais j'ai été trop mal à l'aise, trop mise en face de mes propres contradictions pour en apprécier tout à fait la lecture. Sans vouloir le réserver aux humanitaires, je pense que c'est un roman pour lequel il faut soit avoir le cœur bien accroché, soit à l'inverse être totalement insensible.