Orgasme
5.4
Orgasme

livre de Chuck Palahniuk ()

La jouissance est un marché émergent

« Un milliard de maris sont sur le point d’être remplacés. »

C’est le slogan des joujoux roses de Beautiful You.


Des joujoux ? Oui, mais pas ceux que l’on trouve dans une boîte de Lego.


Penny Harrigan est une femme lambda : ni beauté fatale ni repoussoir, ni grosse ni maigre, une secrétaire d’avocats sans ambition, coincée dans une vie ordinaire. Jusqu’au jour où elle devient, presque malgré elle, « la Cendrillon du geek ».

Le geek ? Cornelius Linus Maxwell, milliardaire visionnaire, maître absolu de la high-tech, patron de DataMicroCom, et surtout gros obsédé par le plaisir féminin.


Au début, on croit plonger dans une romance classique contemporaine à la 50 Nuances de Grey : le puissant homme d’affaires fasciné par une jeune femme sexuellement novice.

Mais attendez ! C’est du Palahniuk. Le type qui, entre deux tranches de nihilisme, te glisse des suicides et des dépressions.


Ce qui commence comme une comédie grinçante se transforme vite en cauchemar satirique : des femmes zombifiées par des orgasmes en série, une critique acide de la consommation, de la manipulation, et de cette fascination malsaine pour la technologie qui promet de combler tous nos désirs.


« Dans les rues, il n’y avait que des hommes. Seuls les hommes conduisaient les voitures ou les camions, seuls les hommes prenaient le métro. Chaque siège de chaque restaurant était occupé par des fesses masculines. »


C’est tout ?

Croyez-vous?

Derrière la farce, il me balance une idée dérangeante, sujet à débat : et si l’émancipation n’était qu’un leurre ?

Il met dans la bouche de Penny cette réflexion :


« Deux générations plus tôt, la société l’aurait poussée à être mère au foyer. Aujourd’hui, il fallait devenir avocate. Ou médecin. Ou spécialiste des fusées. »


Autrement dit, ce n’est pas tant une liberté choisie qu’un nouveau rôle imposé.

Palahniuk oserait-il suggérer que, lorsque les femmes ont obtenu un compte en banque, ce ne fut pas une victoire contre le patriarcat, mais une victoire pour le capitalisme, qui voyait enfin s’ouvrir un nouveau marché de consommatrices ?


Quand Linus Maxwell leur offre la promesse du plaisir sexuel accessible partout, est-ce encore une illusion de liberté? Les sextoys de Maxwell ne libèrent rien. Ils transforment les femmes en clientes captives, esclaves heureuses de leur dépendance. Ce que je comprends du roman, à travers ces 94 % de femmes qui s’enferment avec leurs sextoys, c’est que derrière la promesse du plaisir et de la liberté de jouïr, c’est toujours la domination qui triomphe, non plus celle des maris, mais celle du marché. Comme d’habitude, on croit que Palahniuk va nous faire rire, mais en fait il fout carrément mal à l’aise.


Palahniuk divise toujours : certains jubilent, d’autres grimacent, mais personne ne reste de marbre. 



Mention spéciale à la scène de détournement du mythe du « mentor mystique au sommet de sa montagne ». Vous voyez le trope du vieux maître qui enseigne au disciple les secrets ancestraux ? Dans Karaté Kid, c’est Miyagi. Dans Kill Bill, c’est Pai Mei. Dans Star Wars, c’est Yoda. L’Ancien dans Docteur Strange. Xian Chow dans Kickboxer (je vois que vous me jugez). Maître Oogway ou Maître Shifu dans Kung Fu Panda. Maître Wu dans Ninjago.


Bref, ici Palahniuk nous convie à la rencontre d’une ancienne Népalaise centenaire, recluse dans les profondeurs d’une grotte oubliée des hommes, où ses poils pubiens blancs s’étalent comme des filaments de sagesse millénaire. Là, elle initie les personnages aux arcanes ancestrales de l’orgasme et aux secrets mystiques du tantrisme. C’est quand même drôle.



gabylarvaire
8
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le 17 oct. 2025

Critique lue 3 fois

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