Ô pâle Venise qui dort
Sur des eaux sans cesse alarmées,
Où la bonne étoile du nord
Brille au dessus de tes armées...
L’État a vu son général :
Pèlerin par les monts d'Afrique,
Par un Sahara sidéral !
Mars a couvé sa fougue antique,
Vénus a rougi maintes fois
Jusqu'au front, pour la Desdémone :
Fraîcheur des lunes d'autrefois,
Ange vainqueur de la démone !
Othello ! C'est qu'elle hérita
De la grâce et toi de la flamme
Qu'un cœur sans raison anima ;
Jamais tant d'amour dans une âme !
Il a fallu qu'un vil serpent
Souffle un poison à ton oreille
Pour qu'elle dorme en son lit blanc,
Pour ne plus qu'elle se réveille...
Et dans ta mort tu l'embrassas
D'une bouche enfin repentie,
Tes larmes ont lui sur ses bras
Comme les sèves d'Arabie.