Grande fresque qui s'étale sur près de 40 années qui suit au plus près deux familles basques endeuillées, habitant le même village, séparées par le conflit indépendantiste. L'écriture se resserre sur deux fortes têtes qui pleurent l'une un mari, assassiné par l'ETA pour ne pas avoir payé l'impôt révolutionnaire, l'autre un fils, incarcéré, combattant de l'ETA, avec, peut-être, le sang du premier sur les mains.
Par une alternance de chapitres courts à la chronologie bouleversée mais aux dialogues incisifs, on suit le parcours de vie de ces personnes meurtries, qui, bien que l'ETA ait annoncé avoir déposé les armes, continuent elles de se battre pour le pardon et l'oubli.
Par un style inédit on passe de la narration au dialogue sans crier gare, on a des accolements de synonymes/antonymes très fréquents, des erreurs de concordance des temps en italiques ("si il aurait"), le narrateur se glisse partout, on passe du "je" au "il" pour parler de la même personne mais peu importe car l'écriture est tellement fluide qu'elle nous emporte au-delà des différences langagières, culturelles, par-delà les problèmes de traduction et on tourne les pages, oui, on les tourne car l'émotion nous cueille là où on ne l'attend pas.
Pas de politique ici, non, ce n'est pas le propos ; ici on parle d'hommes et de femmes qui souffrent, qui sont malades, qui meurent, qui s'engueulent, qui ont les mêmes problèmes que tout le monde, l'argent, les gosses, qu'est-ce qu'on va manger ce soir, et cette pluie, cette pluie qui ne s'arrête jamais de tomber, qui s'ingénie même à redoubler de force les jours d'enterrement.
Une belle découverte.

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le 21 oct. 2018

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