C'est le 2e livre que je lis sur le stoicisme après le Manuel d'Epictète. J'ai préféré et de loin Les Pensées de Marc Aurèle. Ce petit livre au contenu bien hétéroclite m'a accompagné pendant 3 longs mois. J'ai lu cela très lentement, à raison d'une ou deux pages par jour. Et même on peut dire que je l'ai lu deux voire trois fois tant j'ai lu et relu chaque sentence, chaque aphorisme. Et je le recommence encore depuis le début. C'est un exercice intéressant. Je n'ai pas lu ça comme un livre, mais comme un manuel de la vie. Les paroles de l'empereur étaient présentes à mon esprit à plusieurs moments de la journée. J'ai mis certaines idées développées en miroir de mon expérience personnelle et de mes propres réflexions. Il étonnant de voir comme on peut modifier sa manière de penser, de voir le monde, à force de se rabâcher la même chose. "Tout n'est qu'opinion"! (XII, 26). C'est source de nos malheurs personnels à tous, et aussi d'une bonne partie des malheurs de ce monde. Mais selon ce principe, on peut aussi se changer soi même pour le mieux, "pour le bien". C'est devenu mon livre de chevet. Mon premier, au sens propre : à mon chevet depuis plusieurs mois et probablement pour encore de nombreux autres. C'est le livre qui m'aura le plus influencé, au point d'écrire moi même mes réflexions selon le format des Pensées, mon propre manuel de vie.
Le format des Pensées m'a plus, des aphorismes courts qui se suffisent à eux même, pour exprimer une idée, un principe, une réflexion, le tout sans lien logique, tout est jeté tel quel. Un format pratique et peu engageant pour consigner ses idées sur la vie, ses réflexions en tout genre. L'exercice d'écriture est un exercice cathartique, permet l'introspection et l'auto-critique. Si cet ouvrage m'a autant pénétré, à par mon affinité naturelle avec le style et le propos, c'est sûrement car il m'a donné envie de consigner mes propres idées. Ce qui n'étaient que quelques phrases au début, a pris en proportion au fil des semaines de lecture. J'ai donc en quelque sorte, à moindre échelle, entrepris une expérience similaire à celle de Marc, si c'est bien lui qui est l'auteur de cet étonnant texte. Cela m'a amené à me sentir une sorte de connexion avec lui. M'a donnée une interprétation de certains passages que je n'aurais pas eu sans cela.
J'ai trouvé les Pensées plus littéraires que le Manuel. Pourtant l'empereur se recommande à lui même de ne pas s'adonner à la contemplation du joli mot. Malgré cela, il nous régale de quelques envolées littéraires très poétiques sur la métaphysique stoicienne, et d'autres sujets de même sorte. J'ai moi même lu la traduction de Catherine Dalimier. On sait que les choix du traducteur peuvent avoir une grande influence sur la couleur d'un texte. Est-ce que la traductrice aurait amélioré le registre de langue ? Peut-être un petit peu, probablement pas tant que ça. Ce n'est pas une traductrice d'héroic fantasy mais de textes anciens. Ces gens là ont en général le soucis de conserver le sens original.