Cette correspondance est un plaisir à lire. Malgré de longues années de scepticisme, Einstein finit par accorder du crédit à la philosophie freudienne. Bien qu’il ne puisse pas observer les analyses faites par ce dernier, Einstein a très certainement dû constater la richesse de la connaissance de Freud après sa réponse sur la possibilité d’éradiquer la guerre. Se complète ici le pragmatisme politique et diplomatique d’Einstein avec la compréhension de la psychologie humaine de Freud.
Pourquoi la guerre ? C’est d’abord une question de désespoir et d’exaspération. Einstein cherche à l’éviter par le biais d’une alternative. Il démontre la nécessité de créer une Société des Nations qui puisse jouer un rôle d’arbitrage lors des conflits internationaux. Accepter de perdre en souveraineté pour gagner en prospérité pacifique. Accepter de se soumettre à une autorité légitime et impartiale qui conjurerait toute ambition belliqueuse contraire à la paix entre les hommes. Laisser ainsi la préséance au droit.
Pourquoi la guerre ? C’est aussi une question sur la nature de l’Homme. Freud expose la bestialité de l’Homme et qu’il est dans sa nature de s’attaquer à ses pairs tout comme de s’en défendre. D’une guerre en ressort certes de l’injustice, des exactions et des crimes mais également des conquêtes territoriales parfois vectrices d’unité, de sentiment d’appartenance et de culture. Les empires les plus stables de l’histoire, la grandeur des cités et des royaumes qui ont donné naissance au monde tel qu’on le connaît se sont construits en partie par la guerre.
Il est d’une évidence certaine que la guerre est inévitable. Certaines sauraient même être considérées comme légitimes. Montesquieu énonçait ce cas de figure lorsqu’il s’agissait de se défendre pour la survie. Que peut-on faire si ce n’est dénoncer les guerres barbares, se battre pour un monde meilleur de moins en moins enclin à user de méthode destructrice. Freud propose la piste de la culture. La culture qui rassemble, qui donne aux peuples leur identité, leur tradition, leurs coutumes et connaissances. Puisque la guerre s’emploie à détruire la culture, alors pourquoi ne pas renforcer, entretenir et chérir la culture pour tenter de détruire la guerre ?