Derniers mois de 1939 : la guerre d'Espagne s'est achevée par la défaite des républicains. Un autre conflit, bientôt mondial, a pris le relais. Présents documente le voyage du cadavre de José Antonio Primo de Rivera depuis le cimetière d'Alicante jusqu'au monastère de l'Escurial de Madrid. Pendant onze jours et dix nuits, une procession de 467 kilomètres. Espagne, année zéro : ce périple érige le fondateur de la Phalange en héros et martyr national et devient la première opération de propagande du régime franquiste, alors qu'une épuration sanglante bat son plein, partout sur le territoire. Le récit de Paco Cerdà suit pas à pas ce cortège funèbre et, en parallèle, raconte d'autres destins, ceux de vaincus, qui dans les camps de concentration français, qui dans la clandestinité, qui dans des prisons en attente d'une mort certaine. Autant d'histoires que l'auteur a glanées au fil de recherches insatiables et où tout est authentique. Les explications et les références, en fin d'ouvrage, s'étalent d'ailleurs sur plus d'une trentaine de pages. Impossible de ne pas être impressionné par l'abondance des sources et l'ensemble donne effectivement une idée assez précise de ce que pouvait être l'Espagne à l'issue de cette guerre civile atroce et à l'orée d'une dictature qui montrait sans scrupules son désir d'écraser toute forme d'opposition, au nom de la nation et de l'Église. Livre d'histoire implacable, Présents ne contentera cependant pas totalement les amoureux de la fiction et du romanesque, presque submergés par l'accumulation de noms et de récits, mais aussi par l'emphase de nombreux passages, lesquels certes collent à la narration officielle de l'époque. Un livre sans aucun doute édifiant et précieux pour la mémoire espagnole, mais dont la recherche obsessionnelle pour la vérité, contraint à un exercice rigide et farouche, malgré le talent d'évocation de l'auteur.