Ouvrage écouté dans sa version sonorisée proposée gratuitement en ligne par Radio Canada.
Presque vierge raconte une histoire d'amour pendant cinq ans entre la narratrice et son prof d'anti-philosophie au cégep, de ses quinze à vingt ans environ, le tout dans un style vaguement Harlequin. On y trouve une ribambelle de clichés tous plus assommant les uns que les autres (le voyage en Europe, le prof de philo punk qui se prend pour un bouddhiste, le road-trip en Californie...) dans une ambiance de bourgeoisie privilégiée d'Outremont (oui, elle fait de l'équitation). Le tout est parsemé d'un name dropping de références culturelles d'apparat absolument rasoir, qui s'apparente presque à de l'exhibitionnisme de statut social tellement c'est récurrent.
Bref, je me suis ennuyée à mort, mais j'ai écouté jusqu'au bout car il manque bien un cliché dans ce livre : le gars ne semble jamais tromper la fille. Dommage, ça aurait pu créer une intrigue, ou a minima un peu d'action.
Par ailleurs l'autrice, qui a également écrit Mon (jeune) amant français (pas mieux noté), présente son ouvrage comme étant un texte de dénonciation. Alors, bien sûr, il y a le décalage culturel : je suis française, un pays où la majorité sexuelle commence dès 15 ans, alors qu'il semblerait que ce soit 18 ans au Québec. Mais justement, un ouvrage de dénonciation étant de fait également un texte à visée "pédagogique", il me semble qu'à partir du moment où je n'arrive pas à comprendre où réside le mal, c'est que l'objectif a été manqué. La narratrice a une aisance remarquable avec sa sexualité (sa référence est une interprétation assez à contre-sens de Lolita), et on ne la voit jamais en posture de non-consentement (même si son consentement est donc légalement invalide, ce qui demeure assez abstrait dans un texte qui parle de cul la moitié du temps). De plus, les évocations de littérature pornographique ne manquent pas, y compris les classiques border, ce qui crée un climat perpétuel de jeu avec les limites proche d'une esthétique de type "épater le bourgeois" (ou shocking pour les puristes du français).
Passez votre chemin, sauf si vous avez un·e ami·e prude à décoincer.