Protocoles
6.8
Protocoles

livre de Constance Debré (2026)

L’écriture de ce cinquième opuscule de Constance Debré est un condensé de son style de prose. Une narration autobiographique, saphique et marginale s’alterne avec des descriptions de protocoles de mise à mort. Je me sens redevable de cette autrice qui a le talent de dessiner une ligne de vie, une discipline ontologique, une hygiène d’écriture et d’expérience concrète. Constance Debré, avocat et écrivain, nous plonge dans une écriture froide et pourtant bien vivante dans ses excursions vitales d’une chaleur assez ambiguë. On la suit. On l’imagine, vêtu de son costume de croque-mort. La sempiternelle boule à zéro qu’on nous rabâche au fil de ses interviews.

Le livre de Constance Debré est indissociable de sa personne civile. Constance écrit nous lisons.

Constance parle, nous pouvons nous identifier dans une collectivité invisible : des transfuges difformes. J’aurais aimé vous parler de ses anciens textes, cependant, croyant que sa ligne est respectée je ne parlerais que de Protocoles.

Plus de virgules à certains moments la prose est efficace dure cinglante. Et au paragraphe suivant, de nouveau des signes de ponctuation si chers à nos yeux de lecteur chevronné mais frileux parfois lorsque le style est dérangeant. La prose de Debré est bien d’encre, mais surtout de respirations, de suffocations et de concision. Je ne dirais pas que ce livre m’a mis dans une humeur de grande santé, je préfère la période antérieure à Offenses, c’est-à-dire le trio Playboy Love Me Tender Nom.

J’aimais être embarqué dans sa vie, et quelque part elle ne peut écrire sur un vide total, donc se saisit d’imagerie violente et significative ; il semble qu’il y ait du drame sous la vitesse, de la stase sous la surface moirée de son verbe. Oui, il est sûrement question de tissus chez Debré, en tout cas plus que d’humour. Quelle vie sous ces atours de laconisme. Une puissance par en dessous.


Une plume naît sous les cendres de l’autofiction, une dimension d’expérimentation : dans la mise en scène du texte, son coq-à-l'âne, sa formalité, son esthétique de la mise à mort, sa vision de l’Amérique sans jamais la nommer : l’éléphant au milieu de la pièce, En résumé, cette incursion dans le roman français un peu conventionnel d’une thaumaturge bien sérieuse.




Sachadebonnaire
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le 12 janv. 2026

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