En relisant Quo Vadis, une chose me frappe : c'est clairement un roman de propagande chrétienne, et pourtant les personnages dont je me souvenais le mieux étaient, de loin, Pétrone et Néron, soit deux païens. Bien sûr, je me rappellais la scène de l'auroch, et la fin aussi.
Pourtant, la réflexion sur le christianisme n'est pas mal. Mais justement, si j'avais oublié les personnages chrétiens, c'est qu'ils sont là pour illustration, pourrait-on dire. Il y a les apôtres, qui sont nécessairement admirables et courageux en tout. Il y a Crispus, qui représente le fanatisme. Il y a le médecin, Glaucos, qui représente la force du pardon. Ursus est déjà plus intéressant, lui dont la tête est chrétienne mais dont les mains sont encore païennes, qui n'est pas encore prêt à pardonner aux offenses et qui fait face à l'adversité, lui dont la force est telle que tous le redoutent.
Et bien sûr, il y a Vicinius, le personnage principal, lui que son amour pour la belle Lygie changera. Lui et Pétrone représentent, chacun à leur manière, la fin d'un monde et le début d'un nouveau. La foi de Vicinius est neuve et il n'est pas encore débarrassé, malgré ses efforts, de sa manière de penser païenne, ce qui se manifeste notamment par les offrandes qu'il promet au Christ s'il exauce ses prières. Pétrone sent bien quelle force terrible possèdent les chrétiens, l'attrait de leur culte, mais il n'est pas prêt à renoncer à sa manière de vivre. Jusqu'au bout, et jusqu'aux ultimes paroles qu'il prononce dans le livre, on sent qu'il regrette la fin d'un monde, une fin que lui seul parmi les païens parvient à voir.
Et enfin Néron, l'empereur monstrueux qui mit le feu à Rome (ce qui est aujourd'hui plus que discuté) afin de composer un poème. Clown terrifiant, que chacun trouve grotesque, ce que personne ne dira tout haut par crainte, justifiée, de perdre la vie. Un personnage incroyable, sorte de monstre épris d'art, se plaçant plus haut que tous les poètes, au-dessus même d'Apollon, qui se produit dans les théâtres de son empire et pense son chant à même de charmer les rebelles. Recherchant l'approbation, mais pas tout à fait dupe de celle-ci puisque seul l'avis de Pétrone lui importe, Pétrone au goût si sûr et qui ose, semble-t-il, dire ce qu'il pense.
Avec tout cela, et les évocations des horreurs du cirque, du martyre des chrétiens et de l'incendie de Rome, Quo Vadis est une oeuvre romanesque en diable, un grand roman d'amour et d'aventures, et une reconstitution, oserais-je dire flamboyante, de la Rome antique.