Né de la plume de Richard Bachmann, écrivain inconnu démasqué des années plus tard comme étant Stephen King, Rage sort aux États-Unis en 1977. La version française dut attendre 1990 pour voir le jour.
Le roman raconte l'histoire de Charlie Decker, lycéen qui en pleine crise de rage va commettre l'irréparable : incendie criminel, meurtre et prise d'otage. La réalité rattrapant la fiction, plusieurs drames du même type marquèrent la société américaine au cours des années qui suivirent. Dans la majorité des cas, un exemplaire du roman fut retrouvé dans les affaires du lycéen concerné. S'il déclara à raison, que la cause principale à de tels drames est la facilité d'accès aux armes à feu, y compris chez les adolescents, King reconnut que son roman avait pu servir de déclencheur chez des adolescents vulnérables. En 1999, année de la tuerie du lycée Columbine, il fit retirer le livre des ventes.
De plus en plus rare, Rage est désormais un roman méconnu du King, malgré des thématiques fortes et intemporelles. Ayant pu le dénicher, j'ai eu le plaisir de le découvrir.
Plutôt court (242 pages en version poche) et fluide dans sa narration, Rage se lit agréablement, sans longueurs ou digressions inutiles.
Sa narration à la première personne, de surcroît dans la peau du lycéen meurtrier et preneur d'otage, renforce l'immersion du lecteur. On plonge ainsi dans les méandres de son esprit : son passé, ses traumatismes, ses émotions, ses sentiments. Un constat que l'on peut estimer dérangeant, du fait qu'il humanise le personnage et le rend parfois attachant.
Agrémenté de plusieurs flash-backs, l'œuvre s'intéresse à diverses facettes du personnage principal et de ses camarades de classe : le passif familial, les premiers émois amoureux, la découverte de la sexualité. Le thème du harcèlement scolaire est également abordé, bien que trop succinctement.
Bien que le roman soit intéressant dans sa réflexion, un manque de nuance peut néanmoins être pointé dans la réaction des camarades de Charlie. Tous, excepté un, tombent très vite dans un syndrome de Stockholm à peine déguisé. Si cette réaction est un mécanisme de défense légitime dans de telles circonstances, sa généralisation à la quasi-totalité de la classe questionne, surtout dans une temporalité aussi courte. Il aurait été plus réaliste d'assister parallèlement à toutes sortes de réactions chez nos élèves : hostilité, panique, provocations, tentatives de raisonnement ou de fuite... En résumant la moindre divergence de réaction au seul Ted Jones, King rate ici quelque chose, qui aurait mérité d'être approfondi.
En conclusion, Rage est un livre agréable qui se lit avec facilité et intérêt. Un plus grand approfondissement et davantage de nuances en auraient toutefois fait une œuvre plus impactante dans sa réflexion.
Mis au placard par Stephen King lui-même suite aux tueries dans des lycées et universités américaines, Rage est l'illustration parfaite du fléau qui gangrène la société américaine depuis bien trop longtemps : LA FACILITÉ POUR QUICONQUE À SE PROCURER UNE ARME À FEU.