Le hasard veut que je me replonge dans la filmographie de Hitchcock après avoir lu Rebecca de Daphné du Maurier, dont le maître a adapté plusieurs romans : celui-ci et Les Oiseaux.
J'ai un peu honte d'avouer que je ne connaissais pas cette romancière, et que j'ai attaqué ce bouquin par pur hasard. De fait, ma lecture a été faite en parfaite méconnaissance de son style, de sa renommée et du type de roman qu'elle a écrit.
La première de couverture de mon édition, sans doute tirée de l'adaptation, montre une jeune femme terrorisée. Connaissant l'oeuvre d'Hitchcock, je m'attendais à un roman de suspense, mi-policier mi-horrifique. Je me trompais, et ça a partiellement gâché ma lecture.
Car le roman commence bien. Un hôtel à Monaco en toile de fond. L'ambiance est bien retranscrite. On parvient sans mal à situer l'époque. La narratrice, fille de compagnie d'une Dame qu'on devine riche, bourgeoise, et chiante, rencontre un bourgeois anglais, la quarantaine, perdu, triste, et tout juste veuf. L'Amour s'installe rapidement, un mariage dans la foulée, et l'installation à Manderley, domaine de Max de Winter (l'anglais donc), sujet de toutes les envies, de toutes les passions et de tous les excès pour les bourgeois installés sur la côte anglaise.
Du moins, Manderley l'était. Rebecca, précédente épouse de Max de Winter, semble hanter ces lieux, tant elle était belle, intelligente et adorée de tous. Et Manderley a perdu son éclat, que Max de Winter ne semble pas disposer à rétablir.
C'est dans ces conditions que la jeune narratrice découvre la vie bourgeoise, sans repère, sans éducation. Seule repère : Rebecca, tantôt modèle, tantôt Nemesis, dans l'ombre de laquelle la nouvelle Madame de Winter est forcée d'évoluer.
La prouesse de ce roman est de parvenir, à travers ses personnages, à faire vivre Rebecca, pourtant présentée comme morte dès le début du roman. Personnage fin, consistant et charismatique, c'est elle la véritable héroïne d'une oeuvre qui porte décidément bien son nom.
J'ai, pour ma part, un peu subi le milieu du roman, où s'enchainent les descriptions du domaine, les déjeuners mondains avec des personnages sans grande consistance, au fil desquels s'intercalent régulièrement les doutes de la narratrice (heureusement). Toutefois, je ne considère pas cela comme un défaut du livre... Je m'attendais simplement à autre chose.
Les 200 dernières s'enfilent comme un paquet de chocobons.
Au final, un roman que je recommande absolument. Psychologiquement puissant, malsain, et très bien écrit.