Alors c’est toi, le fameux Antonio ? Trompe-la-Mort ? L’as des as ? Le dur des durs ? Qui se laisse fabriquer comme une pauvre cloche…
Lisez-moi ça et osez me dire qu'on se croirait pas dans un passage de La Classe Américaine, sans rire ? M'est avis que le Hazanavicius connaissait bien son affaire le jour où il a décidé d'écrire son p'tit cirque de doublage.
Si vous n'avez pas une savonnette à la place du cerveau, vous savez sans doute qui est San Antonio. Sinon, laissez-moi vous faire un petit tour de son curriculum vitae. En cinq secs, c’est un commissaire qui n’a pas froid aux yeux et qui adore manier le pétard et distribuer des gnons à tout bout de champ. Jamais le dernier pour se fourrer dans des situations qui chatouille sa fibre masculine, San Antonio est au service de la France ce que James Bond est à la Reine d’Angleterre, les services secrets en moins, le cognac en plus - bien qu’il puisse très bien, dans la deuxième partie de ce premier volume servant de préambule à une saga qui comptera pas loin de 175 tomes (Frédéric Dard, le nom de l’auteur qui se cache derrière les 95 kilo de muscles de son alter-ego, ne chôme pas), se voir demander de poinçonner sa carte SNCF en direct de l'Italie sur les traces d'un groupuscule d'espion afin de récupérer les codes secrets d'un-truc-machin-chouette d'une importance capitale.
Voilà pour les présentations de notre gaillard qui s’est décidé, un beau jour de 1949, à taper ses mémoires comme Casanova. Car, comme on lui dira souvent, sa vie méritait d’être posée sur les étages d’une librairie, simple utilité publique. Faut dire que le gus n'a que 38 ans, mais qu'il connait plus de trucs que Mathusalem. San Antonio est de ce genre de type qu'on n’en fait plus parce qu’ils reviennent trop cher d’entretien.
Mais cesse d'exposition et passons à l'essentiel. Qu’est-ce qui fait la saveur de ce roman ? Eh bien la même raison qui m’a poussé à me le procurer : sa prose aussi dévastatrice qu'un Luger dont la crosse serait polie minutieusement chaque soir à la peau de chamois.
Si vous vouliez m’offrir une biture, vous pourriez aller retirer toutes vos économies à la Caisse d’Épargne, et vous faire plongeur dans un restaurant pendant trente-quatre ans pour finir de régler la note.
Pour tout vous dire, c’était un triste jour d’avril 2026, des jours comme il s’en renouvelle chaque matin. Je suis sorti avec des amis faire un tour en ville, et on n’est tombé sur une sorte de brocante, une caissette remplie de bouquins aux couvertures mielleuses nous ont fait de l’œil avec mon copain. Nous avons laissés nos dames flâner un peu plus loin pour profiter de notre délicieuse découverte. Très vite, je me mets à tourner les pages, plus intéressé par la plume de l’auteur que de la nymphette qui borde son parechoc. C’est rudement chouette, que je me dis. 5mn plus tard, me voilà avec le premier tome sous le bras et mon portefeuille allégé d’une pièce, comme c’est pratique.
Un type qui possède une pareille imagination pour formuler de ces phrases, tu te dis que l’intrigue suivra d’elle-même. Que nenni. Question épaisseur narrative, on est sur une taille mannequin (et pas body positive, je précise). Or, comme je le disais plus haut, la prose est tellement fraiche, tellement pliante et savoureuse, qu’on s’en contente. Enfant de Céline croisé avec l'ADN d'Audiard, essayez de vous traduire San Antonio serait comme tenter de faire lire du braille à un manchot, ou faire écouter la 9e de Beethoven à un fan de Taylor Swift, j’vous le dis comme j’le pense, because j’ai pas envie que vous alliez vous plaindre à mes avocats par la suite : Rien et Naciré.
M’est encore venu une idée, et une chouette. Des idées, il m’en passe dans le caberlot comme des trains dans une gare régulatrice un jour de mobilisation générale. J’ai qu’à me baisser pour en ramasser.
C’est une énergumène le cousin. Un p’tit vaurien le Frédéric. 28 ans, et déjà envie de prouver au monde qu'il en a sous le capot et qu'à lui seul, il va renverser l’Académie Française. Réglez-lui son compte n’a donc rien d’un grand roman policier, ni d’un grand roman tout court. En revanche, il sonne ma nouvelle passion pour un auteur que j’ai découvert par hasard, et qui risque de me suivre un long moment ; lorsque le cœur m’en dira, ou que j’aurai besoin de me revigorer la matière grise et faire la connaissance de pégreneux qui ne sont pas vraiment ce qu’on pourrait appeler des Saints de vitrail.
Sur ces entrefaites, je m’en vais dare-dare retourner gambader dans la capitale lumière à la recherche d’un nouveau tome pour m'éclairer le chemin.
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve qu’à part la bombe atomique, on n’a jamais rien inventé de mieux que le lit.