Respirer à fond
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Respirer à fond

livre (2020)

Historienne de l’art, la Hongroise Rita Halasz signe un premier roman en apnée, où une femme tente de reprendre le contrôle de sa vie après un mariage toxique.


C’est un geste de trop qui précipite sa fuite. Dans un réflexe de survie, Vera échappe à un mari dont l’emprise a méthodiquement miné son identité. Avec ses deux filles, elle se réfugie chez son père et retrouve, à quarante ans, la chambre étroite de son enfance, lieu saturé de conflits parentaux demeurés irrésolus. Ce retour forcé dans un lieu chargé de fantômes ajoute une couche supplémentaire d’étouffement, redoublant la claustrophobie émotionnelle du récit.


Entre un passé destructeur et un avenir encore sans contours, Vera traverse un présent qui tient du purgatoire. Elle affronte les questions de ses filles, le jugement de son entourage et les manoeuvres d’un mari passé maître dans l’art de travestir la violence en sollicitude. Le texte restitue cette pression diffuse et, dans un mouvement proche du flux de conscience, se cale au plus près des secousses mentales de Vera. Pensées, gestes et paroles s’enchaînent sans respiration, créant un continuum oppressant où la tension ne cède jamais. La syntaxe elle-même se resserre, mimant la confusion d’une femme qui vacille entre lucidité et déni.


Le motif du souffle sous‑tend tout le roman. Souffle coupé par la violence, souffle court de la panique, souffle fragile de la reconstruction : l’auteur en fait une métaphore physique de la lutte de Vera pour retrouver un rythme qui lui appartienne. Errante, elle oscille entre l’illusion d’un amour de jeunesse et une nouvelle dépendance où le sexe se performe à la cocaïne. Cette dérive, rendue avec une lucidité implacable, renforce la tension narrative, chaque tentative d’échappée semblant la ramener vers un autre gouffre.


Il faudra la présence d’une amie indéfectible, les constats implacables d’une thérapie de couple et la lecture à ses filles de La petite sirène d’Andersen, pour qu’elle reconnaisse enfin la violence subie. Utilisé comme miroir narratif, le conte met en lumière la manière dont Vera, comme la sirène, a sacrifié sa voix pour un amour destructeur, et suggère une relecture critique des mythes de la soumission féminine.


Profondément réaliste, le livre explore avec maîtrise les recoins de l’intime où se croisent trauma, manipulation et résilience. Lente remontée vers une respiration retrouvée, c’est un récit d’émancipation puissant et un formidable encouragement adressé à toutes ces femmes si bien dépossédées d’elles-mêmes qu’elles en oublient la possibilité d’un autre choix.


https://leslecturesdecannetille.blogspot.com

Cannetille
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le 9 juil. 2026

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