Les amateurs de roman policier ne trouveront sans doute guère de satisfaction avec Retour à Ostrog, à moins qu'ils ne soient portés sur les pas de côté, sociaux, politiques ou même psychologiques. Auteur biélorusse en exil, Sacha Filipenko nous conduit cette fois dans une ville fictive du nord de la Russie où une série de suicides d'adolescents, tous placés en orphelinat, contraint un policier à faire le voyage depuis Moscou, en un lieu où il a déjà enquêté des années plus tôt. Notre homme n'est pas dans une forme olympique, incapable de se remettre du départ de sa femme, et il retrouve une ville encore plus sinistre que dans ses souvenirs. Le récit parait s'embourber parfois, mais Filipenko semble savoir où il va, dans une noirceur de déréliction bizarrement infusée dans un humour désespéré qui aurait tendance à provoquer des sursauts plutôt qu'un rire franc et massif. Il faut dire qu'entre la santé mentale de son héros, le tempérament des autochtones et la dérive des pensionnaires de l'orphelinat, l'humeur n'est vraiment pas à la galéjade. Le genre d'endroit où même les cotons-tiges ont du vague à l'âme, tout en jouant un rôle inattendu dans la résolution de l'énigme, si tant qu'il y en ait une, d'ailleurs. L'important est ailleurs, dans le portrait d'une Russie provinciale où la réalité dépasse l'affliction, pas tellement différente pour le peuple, hier asservi par un tsar et aujourd'hui dirigé par un autocrate dont il n'est pas utile d'écrire le nom.