Un roman qui se lit à l'envers. Épilogue d'abord, prologue à la fin, et le mot incipit posé après la dernière page comme un piège qui se referme. Ce n'est pas un gadget : c'est l'os même du livre.
L'histoire se déroule à Lyon, entre 1995 et 2014, dans une rédaction télé régionale. Le narrateur, cameraman, revit en boucle un accident survenu un soir de juin 95. Autour de ce point de bascule gravitent Jean-Marie le clown tragique, Martine la patronne "philanthrope", et toute une faune de la presse régionale dont l'auteur croque les travers avec un humour mordant.
Mais le livre n'est pas une chronique sur la vacuité du journalisme de proximité. C'est un objet métaphysique déguisé en roman réaliste. La révélation finale donne rétrospectivement son sens à l'ensemble. On comprend qu'on n'a pas lu une histoire mais l'intérieur d'une conscience qui se reconstitue.
Ce que l'auteur réussit particulièrement bien, c'est le mélange des registres : le comique cruel des dialogues de bureau bascule sans prévenir dans la méditation pure.
C'est un récit dense, perlé de digressions métaphysiques qui démontrent l'ambition du projet. A lire, puis à relire (à l'endroit cette fois).