Dans ce deuxième opus de sa trilogie des trois villes, l’écrivain revêt une nouvelle fois la soutane de l’abbé Pierre Froment pour nous faire découvrir la splendeur et la misère de cette ville, déclarée capitale de l’Italie en 1870, suite au retour triomphant de la monarchie en la personne du roi Humbert 1er de Savoie. Désormais retranché au Vatican comme dans une forteresse, le pape Léon XIII ayant atteint l’âge canonique de quatre-vingt-quatre ans ne peut qu’observer avec impuissance les luttes de pouvoir qui se déroulent sous ses yeux dans la nouvelle Rome y compris au sein même du Saint-Siège. Son premier livre « La Rome nouvelle » étant menacé de censure par la congrégation de l’Index du Vatican, l’abbé Froment se rend sur place afin de défendre son livre auprès du Saint Père qu’il espère rencontrer au cours de son séjour .
Emile Zola nous entraîne dans les coulisses du Vatican, là où se jouent les intrigues les plus machiavéliques et les plus dangereuses, dignes de la famille Borgia, pour l’accession au trône papal, dans le silence très religieux des coursives du Palais apostolique. Mais pour ajouter une dose de romantisme à son récit, il narre à la façon d’une véritable tragédie grecque les amours impossibles entre Benedetta et Dario, deux cousins vivant chez leur oncle le cardinal Boccanera, pressenti pour remplacer Léon XIII à la tête du Saint Siège. Entre rivalités d’influence et espérances déçues, entre orgueil bafoué et froide vengeance, entre luxe clinquant et misère noire, le drame est omniprésent, au fil des pages, et se décline tout au long du roman en sombres desseins, ne laissant que peu d’espoir à un épilogue heureux.
En dépit de quelques longueurs de texte dans l’énumération des glorieux vestiges de la Rome antique, des descriptions talentueusement détaillées des palais, des églises, des basiliques, des places, des fontaines, sans oublier les nombreuses rues qu’Emile Zola connaît très bien pour les avoir empruntées si souvent lors de ses nombreux voyages en Italie, le récit représente à lui tout seul un monument de la littérature française !