Épuré par la disparition des êtres humains et celle des déterminants, définis comme indéfinis (les possessifs sont toujours là), ce petit récit d'apprentissage se pare d'un effet poétique stylistiquement plaisant : parce qu'ils ne sont plus déterminés, les groupes nominaux se personnifient d'eux-mêmes, devenant des entités propres, faisant de la nature un lieu bien vivant. Ainsi, la renarde Rousse traverse des « forêts de symboles / Qui l'observent avec des regards familiers » en quête d'aventure. Son cheminement s'effectue au milieu d'un texte débroussaillé, plein d'antépositions magiques et de sonorités enchanteresses. Chaque rencontre avec un autre personnage animal est l'occasion d'une réflexion, sur des sujets toutefois assez ordinaires qui ne suscitent aucune émotion particulière chez un lecteur aguerri à la fable véritable. C'est en fait un court roman assez peu ambitieux, qui se rangerait davantage dans le rayon jeunesse s'il était illustré.