Rue Darwin est le roman idéal pour appréhender l’œuvre littéraire de Boualem Sansal. D’une part, il permet de comprendre pourquoi l’auteur est vilipendé par la classe politique algérienne ( ayant accédé aux hautes fonctions dirigeantes) car Sansal scrute sans concessions son pays où pouvoir et religion n’ont cessé de cohabiter étroitement même depuis l’indépendance.D’autre part, l’intrigue autour de Yazid, plus ou moins orphelin grâce à un système matriarcal bien établi, est l’occasion de décrire les tenants et les aboutissants de destinées malmenées d’enfants ( devenus souvent des adultes exilés se réinventant à l’étranger, ne pouvant plus renouer avec leur pays d’origine), de leurs repères biographiques troublés au nom du quand dira-t-on et d’une hypothétique bienséance des mœurs. Situé environ sur un long cours d’une quarantaine d’années, Rue Darwin observe donc sociologiquement une Algérie qui s’embourbe dans ses schémas les plus archaïques et à travers Yazid, narrateur du livre, Boualem Sansal décrit ce partir/ revenir vers le quartier de ses jeunes années, comme un voyage contrasté, entre amertumes et nostalgie. Au niveau du style, le premier tiers du roman plantant le décor fait preuve d’un phrasé remarquable et d’une richesse linguistique avérée. Ensuite, les pérégrinations de Yazid entre passé et présent ont tendance à déployer un propos répétitif à première vue ( même si la narration rejouant des scènes ou des moments clés, n’est qu’une façon de les remettre en perspective). Il n’empêche que le lecteur peut parfois se sentir oppressé dans un récit en bloc très avare en dialogues. Pour finir, je ne peux que vous conseiller de découvrir Boualem Sansal pour son pédigrée littéraire au-delà de la figure médiatique qu’il est bien devenu malgré lui.C’est une expérience véritablement enrichissante.