Variations sur le craquage en milieu ordinaire. Les personnages, ni riches ni pauvres, sont ordinaires, vivent leur quotidien avec des familles ou des belles-familles ordinaires dans des pavillons ordinaires bordant des rues ordinaires, entre le centre-ville et la banlieue. Dans chaque récit l’un de ces personnages révèle une névrose plus ou moins ancienne, plus ou moins grave mais toujours obsessionnelle, exaspérante en tout cas pour celles et ceux qui s’obstinent à conserver leur ordinarité.

Ce qui rend ces nouvelles intéressantes, ce sont justement les variations, en particulier de point de vue narratif : quand on suit le point de vue du personnage exaspéré ou embarrassé par le dérapage de son/sa proche, on s’amuse de la situation ; mais quand l’autrice nous place dans la tête du/de la névrosé.e (dans “La Voix caverneuse”), le récit devient inquiétant, voire carrément angoissant. On a parfois aussi l’impression troublante que le disjonctage est contagieux, qu'il finit par être partagé (“Ça arrive toujours dans cette maison.”) Au fond c’est comme si le dérapage mental était étudié en 3D, et pas seulement en surface.

Deux réserves pour terminer: 1/ J’imagine que c'est dans un souci de rendre ses récits universels que l’autrice a gommé presque toute couleur locale: mais ma foi, celle-ci me manque. 2/ J’imagine que c'est dans un souci de rendre palpable l’ennui désespérant du quotidien que l’autrice s’est astreinte à une écriture quasi blanche; mais parfois c’est trop: “J’attends que le feu passe au rouge pour traverser” (dans “Quarante centimètres carrés”) : oui, d’accord, mais bon.


R2dédé
7
Écrit par

Créée

le 1 juin 2026

Critique lue 3 fois

R2dédé

Écrit par

Critique lue 3 fois

D'autres avis sur Sept maisons vides

Sept maisons vides

Sept maisons vides

7

Cinephile-doux

8264 critiques

Folie intérieure

L'écrivaine argentine Samanta Schweblin excelle dans les formats courts, y compris dans son roman le plus brillant, Toxique, qui ne dépasse pas les 130 pages. Sa notoriété allant croissant, à...

le 26 juin 2024

Du même critique

Les Forces

Les Forces

7

R2dédé

85 critiques

Martine déconstruit le capitalisme

Aventures minimalistes et réflexions comico-profondes d’une sorte d’avatare moderne (donc lesbienne) du Meursault de Camus. Concrètement, cela donne un bric-à-brac tantôt éblouissant (ma liseuse est...

le 2 févr. 2026

Les Habitantes

Les Habitantes

7

R2dédé

85 critiques

100% bio

Chronique d’un zadisme familial. L’intrigue en elle-même (Emily va-t-elle accepter la vente de la maison de famille qu’elle occupe?) est mince. Mais deux choses m’ont attaché à ce roman. D’abord...

le 29 mai 2026

La Végétarienne

La Végétarienne

8

R2dédé

85 critiques

Cauchemar dans la cuisine

Chronique de trois dérapages / décrochages mentaux consécutifs. Le premier, qui donne son titre au roman, est celui que je préfère : la conversion au végétarisme de Yonghye est racontée à la première...

le 21 janv. 2026