Pynchon revient — plus calme, plus spectral, mais toujours insaisissable.

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Un détective. Un billet. Une ombre. Et dans cette ombre, tout un siècle qui chancelle. Pynchon revient — plus calme, plus spectral, mais toujours insaisissable. Shadow Ticket n’est pas un roman noir : c’est la coulisse de l’Histoire, un espace suspendu entre les fumées du jazz et la poussière des ruines. Milwaukee 1932 : la crise, le désenchantement, la fin des illusions. Hicks McTaggart, privé de fortune et de foi, avance comme un somnambule dans un monde en décomposition. Chaque page résonne comme un pas dans le brouillard. Les phrases s’étirent, se plient, s’enroulent sur elles-mêmes — Pynchon écrit la confusion comme d’autres écrivent la grâce. Rien n’est stable : ni la géographie, ni la chronologie, ni les visages. Le récit dérive, comme un paquebot sans port. Un plan : Hicks sur le pont, un cigare éteint aux lèvres, la mer noire autour. Le vent soulève son manteau. On croirait entendre un vieux film se dérouler à l’envers. Tout est fiction, tout est souvenir. Le roman refuse l’ordre. Chaque chapitre s’ouvre comme une archive mal classée, entre les fascistes hongrois, les espions soviétiques et les fantômes du swing. Mais sous le vernis policier se joue autre chose : la lente agonie d’un monde rationnel. Le détective ne cherche pas la vérité — il la fuit. Comme chez Conrad ou DeLillo, la quête devient un prétexte à l’effritement du sens. Le polar se dissout dans la métaphysique. Le style, lui, pulse. Syncopé, nerveux, halluciné. Les dialogues claquent comme des trompettes dans un club enfumé. Les descriptions s’étirent, saturées de lumière sale et de paradoxes. Pynchon fait du désordre une esthétique. Il filme la chute avec une ironie tendre, presque élégiaque. Et dans cette cacophonie, une douceur : un pas de danse, un sourire. La possibilité, infime, du salut. Shadow Ticket parle d’un homme perdu dans la machinerie du siècle, d’une Amérique qui a vendu son âme pour une valse. La grande dépression devient métaphore de la mémoire. Les temps s’entremêlent, les voix se brouillent, mais la phrase tient — tendue, fragile, miraculeuse. Et quand le roman s’achève, il reste cette impression étrange : celle d’avoir traversé un rêve noir, dont la musique continue de battre sous la peau. Note : 14 / 20


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Le-General
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le 23 oct. 2025

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