Soie
7.3
Soie

livre de Alessandro Baricco (1996)

On pourrait croire qu'à travers ce récit narré à la manière d'un conte, en utilisant un style simple et efficace, Alessandro Baricco nous transporte de la France au Japon et inversement. A mon sens, le voyage est surtout intérieur et ne fait que révéler ce qui était déjà à au-dedans d'Hervé Joncour, ce personnage à la fois principal et secondaire, "un de ces hommes qui aiment à assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre."


Au côté d'Hervé Joncour, qui ne perd jamais son patronyme au long du récit, vit Hélène qui fait figure de Pénélope tissant un fil de soie infini, dont la voix a sur son mari le pouvoir envoûtant de celles des sirènes et qui réussit toujours à le rappeler à elle malgré les puissants effets qu'ont ses voyages sur Hervé Joncour.


L'espèce de vrai-faux triangle amoureux à demi rêvé qui se trame au fil des voyages d'Hervé Joncour me semble un procédé de l'auteur pour nous suggérer l'aspect tout relatif de notre condition d'Homme : ce que j'ai construit ici et qui semble aller de soi est immédiatement ébranlé une fois me retrouvant dans un contexte tout autre. Cette geisha ici ne vaut pas moins que ma femme là-bas. Non pas que ma femme n'ait rien d'unique, mais plutôt que je sois somme toute captif du caractère universel de l'amour, de ce qui fait les liens entre les hommes. Le contexte importe peu.


Et c'est justement là, ce me semble, la force de ce conte : on peut y voir que nos vies ne sont rectilignes que parce que nous en décidons ainsi et que nous les gardons dans les ornières de la routine et de ce que nous imaginons être du déterminisme. Au long de chaque vie s'offrent des vies alternatives. Mais Baricco nous met en garde qu'entrevoir ces univers parallèles a un coût, qu'il révèle par cette réalisation :


- C'est une souffrance étrange.

Doucement.

- Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais.


Personnellement, je n'ai fait qu'une bouchée de ce livre, dans lequel Alessandro Baricco démontre qu'on peut faire tenir un roman dans l'écrin feutré d'un haiku.

JoLeRigolo
8
Écrit par

Créée

le 11 sept. 2025

Critique lue 11 fois

JoLeRigolo

Écrit par

Critique lue 11 fois

1

D'autres avis sur Soie

Soie

Soie

5

Gwen21

le 4 déc. 2012

Suivre

Critique de Soie par Gwen21

Il ne vous faudra pas plus d'une heure pour lire ce très bref récit qui, pour moi, tient davantage de la nouvelle que du roman. Ma surprise a été grande de découvrir le style d'AB dont j'ignorais...

Soie

Soie

6

SimplySmackkk

le 25 janv. 2020

Suivre

Soie ne tient qu'à un fil

Alessandro Baricco est l’un des plus grands auteurs italiens contemporains, reconnu grâce à ses textes tels que le magnifique Noveccento, le palpitant Sans Sang ou Soie qui est probablement son œuvre...

Soie

Soie

7

JulieToral

le 31 oct. 2012

Suivre

Critique de Soie par Julie

Des petites pépites disséminées ça et là, des phrases très belles et très justes et très simples. Pour la poésie du texte et de l'histoire j'ai préféré Océan mer, ça me parle beaucoup plus. Mais tout...

Du même critique

Trois chevaux

Trois chevaux

4

JoLeRigolo

le 19 sept. 2025

Suivre

Trois chevaux sur le flanc

Au cours des premières pages j'ai cru retrouver ce qui dans la littérature me fait vibrer : la retranscription des sensations, la narration dépouillée et percutante, et la double saveur de la...

Soie

Soie

8

JoLeRigolo

le 11 sept. 2025

Suivre

Travail sur soie

On pourrait croire qu'à travers ce récit narré à la manière d'un conte, en utilisant un style simple et efficace, Alessandro Baricco nous transporte de la France au Japon et inversement. A mon sens,...

Cœur de chien

Cœur de chien

8

JoLeRigolo

le 16 juin 2026

Suivre

Le théâtre de l'absurde soviétique

Pour ma part, très gros kiff. Boulgakov nous plonge dans un délire satirique en ayant recours à la science-fiction pour scalper la société de son temps. Il n'épargne personne. Le rythme et le style...