Après un premier volet enlevé, Hallgrímur Helgason ne réduit pas la voilure dans le deuxième tome de sa trilogie annoncée, celui-ci intitulé Soixante kilos de coups durs. De 1906 à 1918, la fresque prend de nouvelles couleurs, à mesure que la modernité, électricité, téléphone, atteint le petit port d'Islande, aux confins du pays, où se déroule l'action. Autour de Gestur, son personnage principal, qui quitte l'adolescence et tombe amoureux plus souvent qu'à son tour, tout évolue à grands pas, alors que la pêche au hareng devient une véritable manne pour un village désormais occupé par de nombreuses constructions édifiées par des hommes d'affaires, principalement norvégiens. Pour autant, l'alcool et le sexe restent deux des préoccupations majeures de la contrée, les bacchanales se répétant jusqu'à plus soif, décrites dans le plus pur style picaresque qu'affectionne l'auteur. À la fois roman historique, social, intime et rabelaisien, Soixante kilos de coups durs confirme le talent immense de conteur de Helgason, capable de nous faire hurler de rire, puis de nous attendrir, avant soudainement de nous glacer les sangs en un dénouement terrible qui rebat les cartes pour ce qui sera le troisième et dernier épisode de cette fabuleuse machine à remonter le temps islandaise. Reste à savoir si les harengs y occuperont encore une place majeure.