Car c'est bien là ce que Stanislas Lem cherche à nous faire ressentir au travers d'un corps scientifique désespéré, en perte de vitesse, de confiance, d'inspiration, évoluant parfois aux limites de la folie, car confronté à la découverte d'une planète dont l'énigme insoluble remet en question ses plus solides certitudes, et jusqu'à sa raison d'être.
Mystérieux, oppressant, cérébral, bouleversant, fascinant... Solaris a sans aucun doute été l'une de mes plus grosses surprises littéraires. C'est une lecture de laquelle je suis sorti un peu plus grandi, et je ne pensais pas un jour réussir à apprécier mes maux de tête ! Eh oui, grandir, c'est toujours un peu douloureux...
Ce roman a beau dépasser de peu les 300 pages, il n'en est pas pour autant rapide à lire, car d'une densité surprenante... Ces pages se tournent lentement, le temps d'intégrer chacune d'entre elles. Il n'y a quasiment pas d'action au sens basique du terme, mais le propos du livre est tel qu'une succession de péripéties en mode "blockbuster musclé" n'y aurait tout simplement pas sa place. L'environnement imaginaire de la planète Solaris et la psychologie des personnages sont développés avec un tel degré de précision et de virtuosité que l'auteur nous lance de ce fait deux grands défis si l'on désire profiter pleinement de cette fable fascinante : il nous faut non seulement faire un effort d'imagination à la hauteur des descriptions de l'univers solarien et des phénomènes s'y manifestant, mais également faire preuve d'une empathie digne de la torture mentale et/ou physique que subissent les personnages. Et croyez-moi, c'est pas toujours gagné d'avance ! En revanche, lorsqu'on y arrive, l'ensemble nous paraît presque crédible : on peut aisément croire que cette histoire puisse prendre place dans celle qui nous attend réellement dans 4 ou 5 siècles.
Une fois sa lecture achevée, j'ai pu comprendre pourquoi Solaris représente un incontournable de la littérature SF, un pilier du genre. Ce roman est indéniablement brillant à tout point de vue, mais cela le rend peut-être difficile à appréhender. Par conséquent, j'aurais du mal à le conseiller à des néophytes de la science-fiction, de peur de les décourager dès le départ. Je les inciterais plutôt à commencer avec Asimov et Bradbury dans un premier temps, qui restent des auteurs plus accessibles, chacun dans leur style (pédagogue pour l'un, poète pour l'autre) ; puis éventuellement K. Dick dans un second temps, une autre figure de proue de ce genre littéraire, et qui n'hésite pas à malmener un peu ses lecteurs au travers d'une science-fiction plus sombre, plus tortueuse, plus psychologique, plus farfelue parfois. Selon moi, une fois cet échauffement réalisé, on est enfin prêt pour l'aventure solarienne !