Incontournable Théâtre ado Mai 2026



"Sous-bois" me rappelle la pièce de théâtre "L'éveil du printemps", elle aussi parue aux éditions Léméac Jeunesse, dans lesquels il est question des ados, de leurs nouveaux émois émotionnels et corporels, mais teinté de quelques faussetés plus "constructions sociale" que réelle émotion. Je donne l'exemple très courant de la différence entre la passion et l'amour.



Dans cette petite pièce, il est question de trois personnages, "Mowgli" alias Jasmin, Désirée, qui préfère se faire appelée "Désir" et Delphine. Les deux dernières sont amies, le premier est un solitaire qui apprécie la nature. Les trois adolescent.e.s vont se croiser dans le boisé où ils aiment se promener. Delphine a déjà observé la présence de "Mowgli", ce "garçon sauvage" qui aime marcher nu-pieds sur les vieilles railles du chemin de fer, mais Désir a un gros coup de foudre pour lui. Dès lors, elle se pâme complètement sur lui et ne va pas tourner longtemps autour du pot: Elle veut "faire l'amour avec lui". Delphine va réaliser peu à peu que ça lui brise le cœur, car elle, est aime son amie. Mowgli ne semble pas trop où se situer: entre le plaisir de plaire, il y a aussi l'anxiété et bientôt, la peur. À travers eux, il y a un petit objet qui sert de marqueur: La bague qui change de couleurs en fonction de l'émotion. Un petit objet qui va surprendre les trois personnages à quelque reprises.



Donc! Quelques observations sont de mise. La première, c'est celle que j'évoquais plus haut: Faire la distinction entre "passion" et "amour". La première réfère au désir sexuel, ce "coup de foudre" qu'on nous a vendu tout azimut comme la "seule façon de tomber amoureux.se". On a l'appétit sexuel, les bouffées de chaleur, l'obsession, cette espèce de langueur monopolisant, bref, tout un contingent de signaux physiques qu'on a envie de quelqu'un. Mais quand est-il du reste? Parce que la passion n'a qu'une seule fonction: Se reproduire. Oui, c'est cru, mais au fond, on est pas dans une émotion on est dans un besoin physique. On peut donc tout-fait avoir un coup de foudre pour n'importe qui, sans le connaitre, sans êtres compatibles et sans se sentir véritablement attachés. On en a de très nombreux exemple en littérature, surtout avec les classique comme Roméo et Juliette, Le rouge et le noir, Raison et Sentiment, et ainsi de suite. Ce que Désir vit, c'est, pour citer Delphine, "ses hormones" qui parlent.



Delphine, en revanche, est amoureuse. On est dans l'attachement, dans une relation basée sur de vraies fondations. On parlera de communication, de besoins, de confiance, de respect, d'affection et de complicité. Pauvre Delphine, cependant, cette relation n'est pas équitable, puisque c'est un amour à sens unique. Désir ne réalise pas du tout que son gros béguin irrationnel mine Delphine de plus en plus, mais bon, en même temps, elle est aveuglée par sa passion. Désir se pense "amoureuse", alors que Delphine ne réalise pas qu'elle l'est. Je trouve que c'est un portait hélas très réaliste de ce paradoxe adolescents: Les passionnels ne réalisent pas souvent la vacuité de leur "amour", les amoureux ne réalisent pas souvent que l'amour c'est pratiquement une amitié, mais avec un besoin d'intimité plus engagé. Mais comme on nous apprend que la passion c'est de l'amour, pas étonnant qu'on soit mélangés.



Et Mowgli, alors là on touche quelque chose d'intéressant. On a un gars qui se "laisse faire". Mowgli se fait "rentrer dedans" un peu malgré lui, parce que Désir se montre très entreprenante. Au début, il semble apprécier de se laisser guider sur le chemin des premiers émois sexuels, mais il présente aussi des signes que le sexe, c'est pas trop son truc. Jasmin, de son vrai nom, aime la nature, sa tranquillité et rêve de voyages. Ce personnage déplait à Delphine dès le début, sans doute parce que Delphine perçoit qu'il a le potentiel de lui "voler" sa place dans le cœur de Désir. Pourtant, ils ont l'air d'avoir des centres d'intérêts communs. Une amitié est-elle en train de naitre?



Dans la pièce, il y a une sorte de "quatrième personnage", avec cette bague émotionnelle. Bon, dans la vraie vie, c'est une bague qui réagit à la chaleur, mais pour les besoin de la pièce, elle prend les couleurs de vraies émotions. La bague devient mauve quand la personne qui la porte est amoureuse. Pourtant, quand c'est Jasmin qui la porte, elle est noire. C'est la couleur de l'inquiétude, de l'anxiété teintée de peur. Delphine, qui pensait la voir devenir rouge quand elle réagit au fait que Désir veut coucher avec Jasmin chez elle, dans sa chambre ( culotté, ça, Désir!), sa bague devient mauve. Parce qu'elle voit son amour pour Désir s'exprimer. Quand Delphine et Mowgli se parlent seul à seul, la bague devient bleue, couleur de l'amitié. La bague met des émotions là où les personnages ne savent pas bien décoder leurs émotions.



Ça me fait plaisir de voir des nuances sur un sujet qu'on explique encore très mal, je trouve. Si le désir sexuel fait parti de l'amour ( généralement), le désir n'est PAS l'amour. L'amour est le plus complexe des sentiments, il ne saurait être résumé par une envie de jambes en l'air et malheureusement, on nous vend encore trop de ce genre de relations profondément vides. Le sexe ne remplacera jamais quelque chose d'aussi fondamental qu'un attachement affectif. Et pour en construire un, il faut plusieurs ingrédients: confiance, respect, consentement, complicité, plaisir partagé, engagement et affection. D'ailleurs, pauvre Mowgli, se faire embrasser sans se faire demander, c'est une forme d'agression sexuelle. "Se laisser faire", ce n'est pas donner un consentement.



Je vais tout-de-même donner un crédit à Désir: Elle sait où elle rendue, elle reconnait son besoin ( même si elle le nomme mal). Je dis ça parce que si on survalorise l'appétit sexuel masculin, on a aussi tendance à dénigrer systématiquement l'appétit sexuel féminin. On vit encore dans un monde sexiste. Alors voir un Jasmin pas trop intéressé par la chose et une Désir qui s'assume complètements, ça fait plaisir.



En somme, il y a des choses intéressantes dans cette pièce à trois voix, qui se termine sur une note optimiste. Les trois personnages semblent atterrir dans un potentiel trio d'amis, avec un projet commun. Cette cabane dans la forêt que Jasmin veut se bâtir ( mais il est pas spécialement bon manuel), ils la feront à trois, avec des ajouts orientés selon leurs besoins. Ça sonne comme une promesse d'avenir et un été bien rempli.



Le format théâtre a ceci d'intéressant que l'essentiel du texte est en dialogues. On ne se perd donc pas en intertexte et on garde l'essentiel. Ce sont des livres qui peuvent être de bons choix pour des lectures scolaires, sur lesquels se lancer ensuite dans des discutions.



Une œuvre accessible sur un thème universel adolescent.



Pour un lectorat adolescent du 2e cycle secondaire, 15-17 ans+ **Si on a des lecteurs de 12-15 ans qui sont déjà concernés par la question sexuelle, la livre peut être pertinent.

Shaynning

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