Le premier roman de Georges Bernanos a un titre énigmatique : Sous le soleil de Satan, comment rapprocher le mot soleil à Satan ? Et cette allitération en -s sonne comme si le malin était en effet perché à siffler au-dessus de nos tête. Dès son titre Bernanos veut montrer la main-mise du mal sur notre existence. Ce titre, a priori blasphématoire n'en est point un, il révèle simplement un auteur catholique à part avec une vision de la foi bien à lui.

Le roman est constitué de trois parties, toutes peuvent être lues indépendamment des autres. Le prologue raconte l'histoire de Mouchette, petite fille violée et venger par le diable lui-même qui entre en elle. Mais tout n'est que subtilité et suppositions, est-ce bien Satan qui se manifeste en Mouchette quand elle s'empare du fusil ? L'écriture magnifique de Bernanos ouvre la voie à de multiples interprétations. Puis il n'y a plus de doute, c'est bien Satan qui se manifeste sous les yeux de l'abbé Donissan, prêtre mal aimé et puni de douté sur sa foi. Le Malin se jouera de lui et le tuera.
Les nombreuses apparitions de Satan, parfois sous les traits d'un homme, parfois sous une voix perceptible, sont magnifiées par l'écriture sublime de Bernanos. Sous le soleil de Satan est une oeuvre absolument unique et la preuve d'un vrai talent d'écriture. Les personnages sont passionnants, entre la pauvre Mouchette et le prêtre mal aimé, loin de l'image des prêtres stars, sages et écoutés des autres romans catholiques.

Bernanos y révèle sa propre vision de la foi, une foi qui repose uniquement sur la spiritualité. Au début du XXe siècle, la pensée à la mode est celle de Freud, de la psychologie. Bernanos conteste fortement cette vision des choses, il ne s'intéresse pas à la psychologie, ses personnages sont soumis à des comportements incontrôlés. Sous le soleil de Satan est sa preuve que Dieu ou Satan peuvent se manifester à travers les êtres et c'est ce qui explique les comportements étranges, pas la psychologie.
Chez Bernanos le prêtre a une mission spirituelle et non sociale, ce qui explique le côté mal aimé de Donissan, et est sans doute le vrai message de cet oeuvre fascinante.
JimAriz
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le 4 mars 2013

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