Ce roman me donne l’occasion de présenter mes goûts en matière de littérature. J’aime les auteurs qui ont une personnalité suffisamment originale pour nous embarquer dans un univers surprenant. D’ailleurs, cela ne veut pas forcément dire une imagination délirante (même si j’apprécie par exemple John Irving), car j’ai fini par réaliser que Patrick Modiano présente à sa façon (très beau style) des personnages et des situations qui font partie de son vécu. J’aime aussi les écrivains qui sont capables d’écrire avec ce qu’on appelle un style fluide, qui se lit très naturellement. A noter au passage qu’il ne faudrait surtout pas s’imaginer que ces écrivains se contentent d’écrire comme ils parlent. A mon avis, pour obtenir un tel style, il faut du travail. Enfin, j’apprécie les écrivains qui ont quelque chose à transmettre, surtout si cela peut s’apparenter à une sorte de philosophie de la vie. Ne pas oublier que j’apprécie les écrivains qui savent nous emporter dans des lieux naturels dont ils décrivent la beauté de manière convaincante. Bien entendu, il faut aussi qu’ils soient capables d’imaginer une histoire qui soit capable de retenir notre attention, avec des personnages attachants. Et puis, attention, il ne suffit pas de décrire et faire ressentir des grands sentiments comme l’amour. Il faut aussi être capable de ne pas tomber dans le piège du manichéisme.
Vous me direz que je suis bien exigeant ? Certes, mais vous voyez peut-être là où je veux en venir… En effet, avec Starlight j’ai trouvé tout cela ! D’ailleurs, ce n’est pas vraiment une surprise, car j’avais déjà lu et apprécié les deux autres romans de cet auteur, à savoir Jeu blanc et Les étoiles s’éteignent à l’aube. Il faut maintenant évoquer Richard Wagamese, l’auteur de ces œuvres. Canadien d’origine indienne, il appartient à la nation Ojibwé. Ses origines transparaissent dans ses romans. Ici, son personnage central, Frank Starlight est celui dont nous avions fait la connaissance à peine sorti de l’adolescence dans Les étoiles s’éteignent à l’aube qui est à mon avis une sorte de double de l’auteur. Remarque au passage, on peut lire et apprécier Starlight sans avoir lu Les étoiles s’éteignent à l’aube car les deux romans sont parfaitement indépendants. Frank est désormais adulte et vit selon sa personnalité et ses croyances. D’origine indienne, il vit parmi les Canadiens dans une petite ville où quasiment tout le monde se connaît et se salue. Il a été élevé par un homme (qu’il désigne comme « Le vieil homme ») qui n’était pas son père (mort à la fin de Les étoiles s’éteignent à l’aube et qu’il n’avait pas revu depuis longtemps) et qui n’a pas cherché à l’élever comme un indien, mais plutôt à respecter ses origines, tout en lui inculquant des valeurs lui permettant de trouver sa place dans le monde d’aujourd’hui (roman publié en août 2019 pour la traduction en français).
Starlight est un homme au physique impressionnant, pas spécialement beau, qui a l’habitude de la solitude et surtout qui ne se sent jamais mieux que lorsqu’il se trouve en pleine nature. Il vit dans une maison en périphérie d’une petite ville où il a vécu avec le vieil homme. Au début, ce vieil homme vient de mourir. Un peu plus tard, on retrouve Starlight alors que dans cette maison, il vit avec un autre homme venu pour travailler et qui y a trouvé sa place, très naturellement.
De l’autre côté, nous avons une femme qui échappe brusquement à l’emprise d’un homme violent. Cela ne se fait pas sans mal, mais elle réussit à partir avec sa fillette. Son souci : comment échapper définitivement à cet homme qui ne peut que lui en vouloir à mort ? Et puis, deuxième priorité : comment trouver un moyen d’existence pérenne et comment élever sa fille ?
Il faut également savoir que Richard Wagamese n’a pas eu le temps d’achever ce roman, car il est mort avant. On ne peut évidemment que le déplorer. Ceci dit, quand on arrive à la fin de ce qu’il a pu écrire, on se dit que finalement ce n’est peut-être pas plus mal, car tout ce qu’il a écrit est suffisamment marquant. D’ailleurs, cela nous laisse la possibilité d’imaginer la suite, ce qui n’est pas plus mal. On redoute en effet que toute cette beauté soit gâchée, car on sait bien que dans la vie tout n’est pas simple.
Pour conclure, revenons à des considérations plus personnelles qui me tiennent à cœur. Vous qui me lisez, si vous me faites confiance, n’ayez aucune hésitation et lisez ce roman si vous en avez l’occasion (les bonnes occasions, ça se provoque). En ce qui me concerne, je fouine chez les bouquinistes pour en trouver quelques exemplaires à offrir. En effet, ce livre fait partie de ceux qui m’ont le plus apporté, émotionnellement et intellectuellement. Et je ne parle pas d’une inspiration transcendantale façon Pascal et ses fameuses Pensées, mais plutôt d’une façon de faire comprendre la position d’un être humain dans son environnement pour rester suffisamment ouvert. Ce que le roman fait passer, c’est qu’une certaine attitude qui se manifeste entre autres par l’ouverture d’esprit et la capacité d’attention, permet non seulement de voir les choses avec un œil neuf, mais de mieux sentir sa position personnelle dans un tout et d’y trouver un épanouissement en rapport avec la capacité d’investissement (rien à voir évidemment, avec un investissement financier, mais d’un investissement personnel). Quand on s’imprègne de cela, on en arrive à mon avis à considérer qu’on n’a plus besoin de grand-chose d’autre dans la vie. Sinon, à parvenir à partager cela avec quelqu’un d’autre.