Une écriture limpide qui conjugue érudition et aventure, mêlant la fureur crasseuse des croisades et des guerres guidées par le cynisme et plusieurs niveaux de lecture : évolution de la foi du personnage, atomisation de sa personnalité, manigances politiques, immersion dans la culture musulmane, le tout nappé d'un style qui peut se montrer aussi choquant et brutal que poétique et lumineux. Entre la charge sanglante d'un destrier normand caparaçonné et le raffinement vénéneux de la cour arborée d'un palais cairote.
Enfin, l'argument uchronique, presque secondaire, mais finalement au cœur de la démonstration de Bellagamba qui propose de concrétiser le glissement de point de vue en un glissement historique vers un Moyen-Âge possible. Le point de rupture avec notre réalité reste très sobre, accordant d'autant plus de poids à un livre qui m'a essentiellement scotché pour son équilibre entre la peinture des personnages, surtout, évidemment, Tancrède et sa métamorphose ; la conduite de son intrigue, pas délirante mais soutenue et puissamment documentée ; sa simple qualité d'écriture, rare, fleurie sans être archaïsante.
Pour info (gratos), j'ai reçu ce livre comme cadeau "La Kube", avec pour consigne : une uchronie médiévale ou antique avec ou non une t(l)ouche de fantastique.