Conte d'un amour filial apaisé. Alangui, même. Sans la sideration naïve de ses romans de petite-fille. Sans la cruelle froideur des sentiments, sans la malice, sans la violence. Ses premiers mots d'adulte, peut-être, qui clôturent le récit en un début d'emotion.
J’avais quarante-deux ans – l’âge de ma mère lors de la scène de la voiture – quand celle-ci m’a dit, après m’avoir contemplée sans que je le remarque : "– Je te regarde. Tu es belle. Tu es étonnante !" Je me rappelle avoir pensé : « Voilà, j’y suis arrivée. J’ai séduit ma mère. » À l’émotion ressentie s’est mêlé un regret : « C’est à neuf ans que j’aurais voulu entendre cette parole. Aujourd’hui, elle m’importe moins. » Heureusement, au fond de moi, j’ai perçu une petite voix : « La fille de neuf ans est toujours là. Elle est très contente. »
Hommage à cette mère qui la terrorisa et qu'elle aima ou voulu aimer avec la passion d'un reflexe de survie. Mais cette mère au bout du livre n'est pas mieux connue. Ses contours restent flous. Toute entière à son entreprise de seduction, la fille ne comprends pas les sentiments de sa mère, ses attachements fluctuants, ses silences et ses blessures. Du coup, moi non plus.