Avec «Technofascisme», Norman Ajari propose une vision d’ensemble sur un monde où les CEO s’érigent en nouvelle classe dirigeante mondiale, strate sociale émergeante qu'il nomme «hyperclasse». L'Être devient un monopole, et la nécropolitique (Achille Mbembe) se profile au moyen d'une modélisation de la mise à mort par la création de killchains méthodiques et codifiées. C'est l'avènement d'une ère où des lignes de codes ouvrent un pouvoir décisionnaire, et où la technique sert une ritournelle palingénésique.
L'idéologie technofasciste implique la conceptualisation d'une humanité à deux vitesses, où la forme se substitue à la susbstance ; des enhanced games aux sous-tons suprémacistes jusqu'au transhumanisme millénaire des potentats atteints d’un hybris infernal, l'eugénisme devient le socle idéologique de la préservation d'une race blanche, binaire et supérieure, dont le noyau substantiel doit être conservé intact. L'immatérialité devient alors le terrain de chasse d’une élite qui tente de se projeter vers un futur synthétique, au détriment de peuples «inférieurs», condamnés à revivre en boucle les mêmes évènements.
L'analyse à l'aune de la classe, de la race sociale et de l'esthétique dark MAGA «cool» se coordonnent parfaitement pour donner des clefs d'analyse précieuses sur notre monde contemporain. De cette manière, l’auteur met à nu les croyances métaphysiques délirantes auxquelles s'accrochent ces rois de la néoréaction. Un véritable bijou d'analyse de la philosophie moderne, et un coup de coeur pour moi.