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MÉTRO BOULOT TECHNOFÉODODO
On parle de techno-féodalisme lorsqu’une domination technologique permet à une entreprise de s’affranchir des exigences du marché, car elle peut soumettre tous ceux qui ont besoin d’elle sans se...
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On parle de techno-féodalisme lorsqu’une domination technologique permet à une entreprise de s’affranchir des exigences du marché, car elle peut soumettre tous ceux qui ont besoin d’elle sans se soucier véritablement de sa santé économique.
La logique capitaliste c'est la course au profit par la recherche de la productivité à tout prix, or les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) se comporteraient aujourd'hui plutôt comme les seigneurs féodaux de l'époque médiévale, qui assurés de leurs droits aristocratiques ne connaissaient pas la peur d'être remplacées par d'autres acteurs plus productifs... Ainsi les GAFAM, désormais beaucoup trop indispensables à la société, ne réorienteraient plus forcément leurs réinvestissements pour augmenter leurs profits - comme il était jusque-là d'usage et même nécessaire dans un monde intégralement gouverné par la loi du marché - mais plutôt pour augmenter leur pouvoir politique.
Le marché ne leur fait plus peur : ils sont devenus comme des seigneurs numériques, et peuvent juste augmenter leurs profits en prenant aux autres (normalement dans le capitalisme au moins le gâteau est censé augmenter, alors qu'avec les seigneurs on est plutôt dans un jeu à somme nulle : le seigneur augmente ses profits seulement en diminuant ceux des autres... on parlera alors non pas de profit mais plutôt de rente, car le profit repose sur un surplus généré par une forme ou une autre d'innovation, alors que la rente se base plutôt sur l'appropriation de richesse sans plus trop chercher à justifier l'augmentation progressive de cette appropriation).
Ainsi de YouTube : le logo en haut à gauche nous rappelle quotidiennement (pour les fidèles utilisateurs comme moi) que nous sommes sur les terres du seigneur Google, membre du cartel GAFAM. Que c'est le seigneur qui décide de qui sera rémunéré et selon quel calcul, qui sera mis en avant ou en tout cas selon quelle logique, toute à sa discrétion, et qui sera shadowban (invisibilisé par l’algorithme). Que c'est par ailleurs le seigneur qui dispose des moyens de stockage numérique et de diffusion, et donc qui s'accapare la majorité des profits via la publicité, tout en demandant aux ouvriers (les créateurs de contenu) de se procurer leurs propres outils, et leurs propres idées.
Profit : je fabrique de la nouvelle richesse / rente : je prends la richesse aux autres... Après c'est forcément un peu plus complexe, la frontière n’est pas nette. On pourrait dire pour être nuancé que les GAFAM tendent à remplacer les profits par la rente, et que les entreprises classiques tendent à faire l'inverse... et puis surtout le seigneur cherche à maximiser son pouvoir, et à imposer sa vision du monde... en l'occurrence fasciste si on prend l’exemple d'Elon Musk, que l’on peut inscrire aussi là-dedans.
[Je remercie la chaîne d'économie *Heu?reka* à qui j'ai repris dans les grandes lignes voire par endroits quasiment mot pour mot cette explication (qui lui-même la reprenait en partie au livre ici noté de l'économiste Cédric Durand), et à qui je promets de redistribuer équitablement les éventuels profits que je pourrais en faire.]
Sorte de modèle post-capitaliste qui pourrait bien finir par dépasser ses anciennes contradictions, pour assumer enfin sans faux-semblants sa véritable nature libertarienne. Contradictions inhérentes au capitalisme qui sont palpables sur YouTube encore une fois, si on se penche sur l’histoire de la plateforme, du fait que celle-ci fut aussi le lieu qui a permis de s’épanouir une forme nouvelle, pour ne pas dire révolutionnaire, de liberté d'expression, propre à Internet, en lui fournissant les conditions matérielles de son exposition, et dont les internautes se sont emparés pour générer une multitude de chaînes : certaines couronnées de succès au point de couper à l'argile les pieds des médias traditionnels jusque-là bien installés ; d'autres plus confidentielles comme autant de lieu potentiels de contre-culture.
On a ainsi pu observer en une vingtaine d'années l'évolution du YouTube game, tranquillement depuis notre chaise de bureau, ou depuis les toilettes pour ceux qui scrollent en faisant caca, comme un être omniscient aurait pu observer, aux cours des XIXe et XXe siècles, et maintenant du XXIe, les diverses étapes de rationalisation et marchandisation accélérées du monde lors de son industrialisation. Avec tout ce que ça implique d’émancipation individuelle et parallèlement d’aliénation, en tenant compte aussi des multiples forces plus ou moins motivées de normalisation, ne serait-ce que celle adoptée par les créateurs eux-mêmes pour optimiser leur visibilité, ou pour ne pas se mettre à dos les annonceurs et autres collaborateurs commerciaux... Mais qui sait, si le techno-féodalisme prend davantage d’ampleur, il n’est pas impossible que l’on puisse bientôt faire l’apologie des nazis sur YouTube sans que les États n’osent (en partant du principe que l’apologie des nazis les dérangerait) levé le moindre petit doigt. Et que les annonceurs suivent et jouent le jeu.
Aujourd’hui cela dit, rassurez-vous, nous sommes encore dans une logique plutôt capitaliste. Hourra. Avec tout ce que cette logique a d’absurde. Les moments les plus absurdes, pour conclure avec un peu de légèreté et sur des exemples concrets issus de YouTube, sont les moments où la collaboration commerciale entre d'une certaine manière en contradiction avec le propos de la vidéo : c'est ainsi que l’une des vidéos de la chaîne *Medieval Mindset* - qui propose des analogies entre le monde actuel et l'époque médiévale, de manière parfois poussive mais toujours intéressante - est interrompue en son milieu par une communication nous vantant les mérites d'un logiciel censé optimiser notre créativité, avant de reprendre son propos sur la présomption des alchimistes au Moyen-Âge qui croyaient possible en transformant le plomb en or d'améliorer radicalement les conditions d'existence de l'humanité. L'absurdité éclate aussi, autre exemple, lorsque YouTube place une page de pub en plein milieu d'une communication commerciale : oui, une page de pub au sein d'une page de pub. *Le Joueur du Grenier* enfin, alias Fred, a récemment sorti le quatrième épisode de ses vidéos sur les pubs des années 90 et 2000, voire plus anciennes encore, vidéo dont le principe est que son acolyte Seb est bloqué dans le monde des pubs. Et ils comprennent ensemble qu'il faut plus ou moins qu'il aille au bout du scénario de chacune d’entre elles pour passer à la suivante, et espérer au final sortir de cet enfer. Seulement à la fin de la vidéo, alors que Seb pense s'en être sorti, Fred lance une toupie en référence à *Inception*, qui finit par s'arrêter confirmant donc la fin heureuse, à un détail près, la présence sur la toupie du logo Nord VPN : une application qui vous permet de vous connecter par proxy pour simuler votre présence dans n'importe quel pays et ainsi accéder à du contenu internet disponible exclusivement à l’étranger, tel que le catalogue Netflix norvégien (probablement nombre de thrillers dans le monde de la salmoniculture), mais qui vous permet aussi de protéger vos données, tout cela en bénéficiant d'une réduction si vous achetez le produit avec le code "Vernon79", sans accent et tout en attaché.
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