Coup de cœur pour ce western choral

Les récits de western, les aventures de farouest, on aime ou on n'aime pas. Nous, on n'aime pas trop, soyons clairs.

Mais franchement, ce bouquin là risque bien de vous faire passer le goût d'autre chose.


Bénédicte Dupré La Tour est née en Argentine mais vit désormais à Lyon : c'est peut-être une nomade sans terre d'attache, tout comme les personnages de son roman.

Ces Terres promises qui sont celles du farouest, celles de la ruée vers l'or, forment son premier roman et une entrée vraiment remarquable dans le monde littéraire.

Encore un coup de cœur de cette rentrée littéraire 2024 décidément riche en bonnes surprises : certainement l'une des plus belles plumes lues cette année (et ce n'est que son premier roman !).


➔ Bien sûr il y a des indiens et des shérifs, des chariots et des chercheurs d'or, des saloons et des bordels.

Mais tout cela n'est qu'un cadre, un jeu de codes et de couleurs, puisqu'il faut bien une scène, un décor quand il s'agit de jouer la comédie humaine.

Le cow-boy est un vacher, l'indien est un indigène, l'esclave un asservi : c'est certainement là, la recherche d'un peu de la pureté de notre langue mais peut-être aussi la volonté de s'affranchir d'un vocabulaire trop codifié, pour tendre à l'universel car "la nature humaine, cette nature divisée de l’intérieur, était toujours la même, quels que soient la région, le pays, le continent. Invariable dans ses petitesses, persistante dans ses bas appétits, elle apportait, où qu’elle aille, la marque indélébile de sa perte".

➔ Le lecteur tombe très vite sous le charme de la superbe prose de cette auteure : une langue puissante et brute, charnelle et suggestive, intense et vibrante.

Il y a du sang, de la boue, de la vermine, et bien pire encore ... car c'est la langue d'une "terre sombre grouillant de longs vers annelés".

Mais le texte sait rester totalement maîtrisé, entièrement au service du récit, solidement construit.

Les personnages :

Et quels personnages, quelles vies !

Ils sont sept, ils vont certainement se croiser, on ne sait pas encore.

Il y a là Eleanor Dwight, la fille de saloon qui attend son heure.

Il y a là Kinta, la squaw qui veut quitter les hommes de sa tribu.

Morgan Bell, le chercheur d'or à demi fou qui fit un mariage malheureux.

Mary Framinger, l'infirmière qui montrait un trop grand amour maternel.

Bloody Horse, l'indien devenu éclaireur dans les troupes coloniales.

Rebecca Strattman, celle qui voulait épouser un indien.

Nathaniel Mulligan, le prêtre qui avait perdu la foi.

Et puis le huitième et mystérieux Eliott Burns dont les lettres scandent chaque histoire, chaque chapitre d'un même et terrible refrain : "[...] Dans quelques heures je serai pendu."


Un roman choral (un genre qui plait !) dans lequel chaque long chapitre (l'histoire de Kinta a même été publiée sous forme de nouvelle), chaque chapitre permet à l'auteure de déployer l'un de ses personnages dans une habile spirale temporelle mêlant passé et présent.

Dans ces récits, les femmes sont de celles qui ne veulent pas plier devant la fureur ou le désir des hommes.

[...] Elle avait cette fierté de pierre que tous auraient voulu briser. Celui qui l’épouserait trouverait le moyen de fendre cette femme de granit dont les yeux de juge semblaient voir dans les âmes les plus laides, les pensées les plus sombres. Il fallait moins de courage pour tuer un ours à mains nues que pour faire sa demande à Kinta.

Quant aux hommes, ils ne sortent évidemment pas grandis de ces quelques histoires et semblent traverser ces terres promises comme si ce n'étaient pas vraiment les leurs "car les fils perdent toujours contre les mères".

Sept chapitres, sept nouvelles, qui se répondent et s'entrelacent, et toutes d'un excellent niveau, c'est assez rare, il faut donc le souligner : cela participe à l'agréable unité de ton de ce beau roman.

BMR
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le 23 févr. 2025

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Bruno Menetrier

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